Encore un rapport qui va rester sur l'estomac de Mathieu Gallet. Alors que la Cour des comptes et le médiateur Dominique-Jean Chertier enjoignent Radio France à restreindre son budget, la cantine du groupe gaspillerait une bonne part de ses finances. C'est en tout cas ce que souligne une étude commandée par sa directrice générale déléguée Catherine Sueur, à laquelle le magazine économique Capital a eu accès.

Sureffectif salarial et repas gratuits

Gérée en interne par le comité d'entreprise, que dirigent les syndicats CGT, FO et SNJ, la cantine de Radio France est subventionnée par le groupe de service public à hauteur de 2,5 millions d'euros annuels. Une somme sur laquelle de nombreuses économies pourraient être faites selon l'audit du cabinet Diapason Expertise. Le restaurant d'entreprise emploie en effet 47,5 salariés à temps complet, ce qui équivaut à un poste pour 25 repas servis. Trop peu, comparé aux autres sociétés où 52 repas sont en moyenne comptés par employé.

Cette perte d'énergie est également visible avec les agents de caisse. Si, ailleurs, ceux-ci participent à la mise en place du service le matin, à Radio France "le travail effectif se résume à faire la caisse pendant les heures de service, puis à compter leurs caisses si elles sont justes. Soit environ 3 heures", met en exergue le rapport.

MIAMI, FL - APRIL 27: Chipotle restaurant workers fill orders for customers on the day that the company announced it will only use non-GMO ingredients in its food on April 27, 2015 in Miami, Florida. The company announced, that the Denver-based chain would not use the GMO's, which is an organism whose genome has been altered via genetic engineering in the food served at Chipotle Mexican Grills.   Joe Raedle/Getty Images/AFP

A Radio France, le ration est de 25 repas servis par employé contre 52 dans les autres restaurants d'entreprise, selon l'audit.

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Un personnel en sureffectif dont "l'encadrement [...] est plus ou moins laissé à l'abandon", note aussi l'audit. Or, à défaut de management strict, les employés oublient parfois quelques rudiments, comme demander leur badge à ceux qui viennent se restaurer. Ainsi, 6034 "passages non identifiés" ont été dénombrés sur le seul mois de mars. Ce qui fait, en moyenne, 30 repas gratuits chaque midi... et un manque à gagner de 48 750 euros par an.

Des achats mal maîtrisés et une hygiène qui laisse à désirer

Si, pour les mangeurs, le prix de l'assiette peut donc être alléchant -car inexistant- son coût de revient, lui, est abusif. A en croire l'audit, le CE de Radio France, chargé des achats alimentaires, n'aurait aucune "notion de prix en amont" et tiendrait mal son cahier des charges. Ainsi, Radio France débourserait 3,70 euros pour son poulet contre 2,95 euros dans les autres cantines collectives, et 4,25 euros pour ses travers de porc au lieu de 2,65 euros. Des tarifs excessifs qui, revus à la baisse, permettraient d'économiser 200 000 euros par an.

"LES APPELLATIONS, PRODUITS REFUGE EN CAS DE CRISE DE SECURITE ALIMENTAIRE" - Photo prise le 08 juin 2005 de produits de boucherie:  boeuf, poulet et porc, ayant obtenu le " Label Rouge " au Parc des Expositions de la Beaujoire, à Nantes, où se tient le salon SQUALIM, consacré aux signes officiels de qualité pour les produits agro-alimentaires.

En raison d'une mauvaise gestion de ses comptes, le CE gérant la cantine de Radio France achète son poulet 75 centimes plus cher.

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Des aliments par ailleurs bien mal conservés d'après le cabinet d'expertise. La température des yaourts avoisineraient ainsi les 17 degrés, au lieu des 2 à 4 requis. De même, le local à déchets serait, lui, à température ambiante, "favoris[ant] la prolifération bactérienne". Alors qu'il est équipé d'un système de réfrigération ! Autant de manquements sanitaires qui pourraient "être préjudiciable pour la santé des consommateurs", prévient l'audit.

Pas de changements en vue

Pour conclure, le rapport de Diapason Expertise préconise de supprimer une dizaine de postes, mais aussi de mettre en place une meilleure gestion des caisses ou des achats afin d'épargner 813 000 euros. Des recommandations auxquelles Jean-Marc Lescot, secrétaire du comité d'entreprise interrogé par Capital, accorde peu d'importance. Reconnaissant toutefois que "plusieurs éléments pourraient être améliorés", il juge cet audit basé "sur des commentaires plus que sur des faits réels."

Qui plus est, l'élu CGT exclut tout espoir d'économies budgétaires pour la direction de radio France, arguant que "le groupe est tenu d'attribuer au comité d'entreprise un certain pourcentage de la masse salariale." Ainsi, "ce qu'il ne verserait plus au restaurant, il devrait le verser aux autres activités du Comité d'entreprise". Malgré le plan d'austérité que devrait mettre en place Radio France, le budget alloué à sa cantine devrait donc demeurer inchangé.