L'animateur d'On n'est pas couché n'est pas du genre à réagir sur les réseaux sociaux pour commenter les "buzz" et autres polémiques suscitées par ses invités, ou ses chroniqueurs, presque chaque semaine. Ce lundi, pourtant, Laurent Ruquier a réagi sur Twitter aux propos prononcés par Christine Angot samedi 1er juin.

"La Shoah fut une abomination. L'esclavage en Afrique et le commerce des esclaves fût une abomination. Aucun doute. Ceux qui tentent de nous faire dire ou penser le contraire, à Christine Angot ou à moi cherchent à créer une polémique inutile", écrit-il.

L'esclavage "exactement le contraire" de la Shoah

Il faut dire que l'autrice a tenté, lors de cette dernière émission, une comparaison étonnante entre deux drames. Voici ce qu'elle a dit, face à Franz-Olivier Giesberg, invité du programme de France 2 : "Avec cette histoire de concurrence des mémoires, qui serait une chose vraiment... C'est terrible, il ne faut pas qu'il y ait de concurrence des mémoires, tout ça c'est pareil, tout le monde a souffert et les souffrances sont toutes à égalité. À force de vouloir indifférencier les souffrances des uns et des autres, ça conduit à l'indifférence en fait, de ce qu'a vécu un groupe de personne ou une personne en particulier", explique Christine Angot.

Les choses se corsent ensuite. "Là par exemple, on l'a rappelé tout à l'heure avec Gilette Kolinka [déportée juive lors de la Seconde guerre mondiale, invitée également de France 2] en parlant de camps de concentration ou de camps d'extermination. Donc ça met l'accent que le but avec les juifs pendant la guerre, ça a bien été de les exterminer, de les tuer, et ça introduit une différence fondamentale, alors qu'on veut confondre avec par exemple l'esclavage et l'esclavage des Noirs envoyés aux États-Unis ou ailleurs, et où c'était exactement le contraire. C'est-à-dire l'idée c'était qu'ils soient en pleine forme, en bonne santé pour pouvoir les vendre et pour qu'ils soient commercialisables. Donc non, ce n'est pas vrai que les traumatismes sont les mêmes, que les souffrances infligées aux peuples sont les mêmes".

Des appels à saisir le CSA

Très vite, ce discours a été qualifié "d'immonde" sur les réseaux sociaux. "Comment peut-on relativiser ainsi la gravité de l'esclavage sans AUCUNE autre réaction sur le plateau qu'un 'bien sûr' ? ONPC, vous êtes une honte pour le service public" a notamment écrit un internaute. "On peut donc tranquillement dire à la TV qu'un crime contre l'humanité visait à maintenir les esclaves 'en forme et en bonne santé' et ne susciter AUCUNE réaction des assos antiracistes officielles ou des politiques si prompts à bondir sur le moindre hijab?", s'interroge de son côté la militante féministe et journaliste Rokhaya Diallo.

"Voici la vidéo où Christine Angot explique que l'esclavage des noirs ce n'était pas si grave... C'était simplement de la main d'oeuvre qu'il fallait garder en bonne santé...", déplore une autre internaute, diffusant la vidéo de l'échange par la même occasion.

Sur Twitter, les appels à effectuer des signalements au CSA (qui n'a pas encore été en mesure de donner de chiffre exact à L'Express) ont fleuri. L'historienne Mathilde Larrere, toujours sur le réseau social, rappelle : "Marcus Redicker [spécialiste de l'histoire de la traite]: près de 1,8 million de personnes succombent en mer (exécutions, sévices, suicide, dysenterie). Parmi les 10,6 millions de captifs arrivant au Nouveau Monde, 1,5 million de captifs y meurent la première année sur les plantations (coton, canne à sucre, tabac). [...] Le dispositif du négrier est concentrationnaire. Nudité, ségrégation sexuelle, marquage au fer rouge, entassement à demi courbé (16 heures quotidiennes), enchaînement en duo (sauf les enfants), travail forcé à la manoeuvre..." L'historienne s'étonne, par ailleurs, qu'en plateau personne n'ait repris Christine Angot.

Cette dernière n'en est pas à sa première polémique depuis son arrivée dans l'émission de France 2, en 2017. Parmi les plus importantes, souvenons-nous de son affrontement avec Sandrine Rousseau, venue parler de son agression sexuelle sur le plateau d'On n'est pas couché. La chroniqueuse s'était montrée agressive, lui expliquant qu'il fallait "se débrouiller." Si la séquence avait choqué, provoquant plus de 1000 signalements au CSA, là encore, Laurent Ruquier n'y avait vu "rien d'autre que la vie".