La liste s'allonge. Comme Coca-Cola, Starbucks ou Unilever, Ford ne va plus diffuser de publicités sur les réseaux sociaux pendant un mois, pour protester contre la présence de contenus incitant à la haine ou à la violence. "Nous mettons en pause nos publicités sur tous les réseaux sociaux pendant trente jours pour réévaluer notre présence sur ces plateformes", a indiqué lundi le constructeur automobile américain.
"L'existence de contenus qui comprennent de la haine, de la violence ou de l'injustice raciale doit être éradiquée", a-t-il ajouté. Comme Ford, de plus en plus de marques de poids ont décidé de ne plus toucher aux réseaux sociaux pendant une certaine durée.
Facebook particulièrement visé
Tous les réseaux sociaux, mais Facebook tout particulièrement, se voient reprocher de ne pas faire assez pour éliminer les publications racistes ou haineuses sur son site. La NAACP, la grande organisation de défense des droits civiques des Afro-Américains, une organisation de lutte contre l'antisémitisme, la Anti Defamation League, et d'autres associations ont appelé à un boycott de la publicité sur Facebook pendant le mois de juillet.
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Verizon (télécoms), Honda, Ben & Jerry's (glacier appartenant à Unilever), Patagonia, North Face et REI (articles de sport) se sont associés à la campagne la semaine dernière. Les organisations reprochent surtout à la plateforme son laxisme perçu vis-à-vis des propos tenus par des hommes politiques, le président Donald Trump en tête, ou des groupes d'extrême-droite. Ces critiques, qui ne sont pas neuves, ont pris de l'ampleur depuis la mort de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc à Minneapolis et dont la vidéo a choqué le monde entier et déclenché des manifestations anti-racistes massives aux Etats-Unis et ailleurs.
Vers des règles plus strictes
Résultat : les plateformes doivent désormais appliquer leurs propres règles plus strictement qu'avant. "Les comportements haineux ne sont pas permis sur Twitch. En accord avec nos règles, la chaîne du président Trump a été temporairement suspendue (...) et les contenus incriminés ont été retirés", a fait savoir lundi un porte-parole de Twitch, une plateforme de streaming.
La plateforme de discussion Reddit a elle banni un forum de fans du président américain pour avoir enfreint son règlement sur l'incitation à la haine. Ce réseau social a pourtant été fondé il y a quinze ans comme un grand forum, sur le principe de la liberté d'expression débridée, sans garde-fous. Depuis environ deux ans, il a entrepris un grand ménage pour se débarrasser des groupes et utilisateurs dits "toxiques". Début juin, Alexis Ohanian, cofondateur de la plateforme et mari de de la championne de tennis Serena Williams, a démissionné du conseil d'administration et demandé à l'entreprise d'embaucher un candidat noir pour le remplacer.
Autre exemple : lundi, YouTube a banni des chaînes suprémacistes, qui avaient notamment affirmé, "de façon répétée" selon la plateforme, que certains groupes d'individus étaient inférieurs à d'autres. Cette règle énoncée il y a un an a entraîné la suppression de plus de 25 000 chaînes.
Des concessions même pour Facebook
Mark Zuckerberg, le patron du réseau social planétaire, défend depuis des mois son approche a priori plus laxiste que Twitter ou YouTube, notamment vis-à-vis des discours des personnalités politiques, au nom de la liberté d'expression. Mais, signe que le boycott a pris une ampleur difficile à ignorer, il a lui-même présenté des concessions vendredi.
La plateforme retirera désormais plus de types de publicités incitant à la haine, et les messages problématiques des politiques pourront être masqués et signalés en tant que tels, à la manière de Twitter. Des mesures contre la désinformation pour la prochaine campagne présidentielle aux Etats-Unis, en novembre, ont également été annoncées. D'après Mark Zuckerberg, cette nouvelle politique va répondre "aux réalités et aux difficultés que rencontre le monde actuel". Il faut également souligner que depuis les annonces de boycott, l'action de Facebook a plongé de 8% à la Bourse. De quoi obliger la plateforme à réagir.
