Aucune solution n'a été trouvée entre la direction et les salariés d'Europe 1 en grève depuis vendredi pour protester contre une sanction visant un journaliste de la radio, et contre les projets de rapprochement avec CNews, qui inquiètent de plus en plus la rédaction, en plein plan de départs.

Les faits. En grève depuis vendredi dernier, les salariés d'Europe 1 ont voté la reconduite du mouvement ce lundi. Sur 101 votants, 98 personnes ont voté en faveur de la prolongation des protestations jusqu'à mardi soir, selon les informations de L'Express. La grève a d'abord été votée vendredi en assemblée générale pour protester contre une procédure de sanction disciplinaire visant un journaliste, après une altercation avec une employée des ressources humaine.

Si le mouvement a été suivi à 72% ce lundi, il a été peu ressenti à l'antenne ce week-end car, selon les journalistes de la radio, ce sont "essentiellement des CDD et des pigistes qui assurent l'antenne" le samedi et le dimanche, soit des contrats précaires.

"On est très fiers de l'état d'esprit affiché aujourd'hui par une large majorité des équipes d'Europe 1, avec 72% de grévistes, se félicite un gréviste auprès de L'Express. Quant à savoir si on se mobilisera mercredi, c'est encore trop tôt, il faut voir l'évolution de l'état d'esprit d'une rédaction à l'os, abattue, malmenée depuis tellement de temps".

Pourquoi ça compte. Cette grève survient sur fond de malaise grandissant, entre plan de départs et projet de rapprochement avec la chaîne d'informations CNews (groupe Canal+), contrôlée par Vincent Bolloré, l'actionnaire principal de Lagardère. C'est l'avenir de la ligne éditoriale et des journalistes de la radio qui est en jeu.

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Les grévistes réclament notamment que Constance Benqué, présidente de Lagardère News, "vienne rencontrer la rédaction le plus vite possible" pour débattre avec elle de la clause de conscience permettant aux journalistes de quitter un titre avec des indemnités en cas de changement de ligne éditoriale. "Le fait que la nouvelle grille acte un changement majeur de ligne avec plusieurs figures de CNews peut accélérer le processus de clause de conscience tant désiré", espère auprès de L'Express une source au sein de la rédaction d'Europe 1.

Le contexte. L'annonce en avril d'un projet de transformation de Lagardère en société anonyme, un changement de statut majeur pour le groupe jusqu'ici contrôlé par Arnaud Lagardère, suscite de fortes inquiétudes au sein de la station.

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Le CSA a d'ailleurs rappelé à Europe 1 et sa maison mère Lagardère plusieurs de leurs obligations légales. Les salariés craignent que la station ne soit transformée, comme l'a été iTélé, en un nouveau CNews. Quelques minutes après l'annonce de la reconduite du mouvement, Le Figaro a, en outre, annoncé l'arrivée de Laurence Ferrari sur Europe 1, pour une émission commune avec... CNews. La semaine dernière, Le Parisien annonçait par ailleurs le remplacement de l'animateur de la matinale Matthieu Belliard par Dimitri Pavlenko, intervenant régulier de "Face à l'info" aux côtés d'Eric Zemmour, là encore sur CNews. Tandis que, toujours dans Le Figaro, la nomination de Louis de Raguenel (ancien de Valeurs actuelles) en tant que chef du service politique est officialisée. Son arrivée, en septembre dernier, avait déjà fait des vagues au sein de la rédaction. Les salariés avaient à l'époque voté contre la venue de celui qui a notamment été membre du cabinet de Claude Guéant au ministère de l'Intérieur.

Les acteurs en présence. La bataille actuelle oppose la direction de la radio et les salariés, qui ont reçu de nombreux encouragements. Samedi, les sociétés de journalistes (SDJ) de Paris-Match et du JDD, détenus par Lagardère, ont apporté leur "soutien" aux salariés d'Europe 1, jugeant "légitimes" leur "demande d'abandon des sanctions" comme leur "refus", exprimé cette semaine dans une tribune au Monde, "de voir la station transformée en un 'média d'opinion'". Une cinquantaine d'anciens d'Europe 1 ont également exprimé dimanche leur "solidarité" envers leurs confrères de la station dénonçant le "danger grave et imminent" menaçant selon eux la radio du groupe Lagardère, "sous la pression de Vincent Bolloré", son actionnaire principal.