Un peu plus d'un mois après les attentats qui ont secoué la France, le Conseil supérieur de l'audiovisuel a publié jeudi son bilan des manquements des radios et des télévisions dans leur couverture de ces événements. Il a ainsi adressé 21 mises en demeure - niveau d'avertissement le plus grave qui n'entraîne toutefois pas de sanction, sauf récidive - et 15 mises en garde.

Le gendarme de l'audiovisuel relève notamment que 13 médias "ont annoncé en direct que des affrontements avaient éclaté entre les forces de l'ordre et les terroristes à Dammartin-en-Goële", ce qui "aurait pu avoir des conséquences dramatiques pour les otages de l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes". Le preneur d'otages de Paris, Amedy Coulibaly, avait en effet demandé la libération des frères Kouachi retranchés à Dammartin.

Les 13 médias concernés sont BFMTV, Euronews, France 2, France 24, i-TELE, LCI, TF1, Europe 1, France Info, France Inter, RFI, RMC, RTL. France 5, Canal + et France 3 ont fait l'objet, eux, de simples "mises en garde".

Sept types de dérapages

Au total, le CSA relève sept faits qui ont été source de manquement. La chaîne LCI est prise en faute sur quatre d'entre eux: en plus de de donner l'information sur le début des affrontements de Dammartin, elle a en effet divulgué des éléments permettant l'identification des frères Kouachi ainsi que "l'identité d'une personne mise en cause comme étant l'un des terroristes".

La chaîne du groupe TF1 est également mise en demeure pour avoir -avec Canal +, Euronews, France 2, France 24 et TF1- diffusé images et informations "indiquant notamment le déploiement des forces de l'ordre, le positionnement exact de certaines d'entre elles ou encore la stratégie mise en place" alors que les terroristes étaient encore retranchés tant à Dammartin-en-Goële que Porte de Vincennes. Le Conseil estime que ces déclarations auraient pu mettre les otages en danger, puisque les terroristes pouvaient parfaitement y avoir accès.

France 2, TF1 et RMC sont sanctionnés pour avoir diffusé des informations concernant des personnes cachées dans les lieux de retranchement des terroristes avant l'assaut donné par les forces de l'ordre, mettant ainsi la vie des ces personnes en danger. Elise Lucet, lors d'un journal de 13, avait notamment donné le nom de l'homme qui se cachait sous un évier dans l'imprimerie de Dammartin.

Le CSA a également averti des médias pour avoir diffusé des images issues de la vidéo montrant le policier abattu par les terroristes.

Le dernier fait ayant entraîné des manquements n'a pas suscité de mise en demeure mais des mises en gardes pour France 3 et Canal+. Les deux chaînes ont en effet diffusé dans son intégralité l'assaut donné par les dorces de l'ordre sur l'Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, y compris les échanges de tirs qui ont entraîné la mort d'Amédy Coulibaly. Le CSA considère "que ces images insistantes" étaient "susceptibles de nourrir les tensions et les antagonismes, [et] pouvaient contribuer à troubler l'ordre public."

Le CSA avait décidé à la mi-janvier de se pencher sur la façon dont les télévisions et les radios avaient couvert l'attentat contre Charlie Hebdo et les deux prises d'otages qui avaient suivi, alors que des enquêteurs s'étaient plaints de certains dérapages. Il avait aussi réuni le 15 janvier les responsables de chaînes et de radios pour une réflexion sur le sujet.