Dire que le trafic d'esclaves a été "nécessaire" pour le développement industriel en Amérique du Sud, c'est ce qu'a affirmé Daniel Bilalian, directeur des sports de France Télévisions, lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques 2016, sur France 2, le 5 août.
Le Cran compte saisir le CSA, ayant également recensé selon lui d'autres "inepties" et "propos colonialistes", durant ces quelques heures de direct.
Dans la nuit de dimanche, France 2 frappe encore fort: après l'épreuve de poutre femmes de l'équipe japonaise, le commentateur se perd encore dans les clichés.
Si un tel discours peut sembler exceptionnel, ce n'est pas la première fois que les commentateurs de France Télévisions s'illustrent par leurs propos gênants lors de la diffusion des Jeux olympiques.
Un Antillais "lent" pour Jean-René Godart
En 2010, Nelson Monfort n'hésite pas, par exemple, à écorcher et ridiculiser le nom d'une patineuse coréenne, assurant que "l'équipe de Haricot est cuite". La sportive s'appelle en réalité Cho Ha-ri.
En 2012, lors des JO de Londres, Jean-René Godart parle du sportif Grégory Baugé, médaillé d'or français de cyclisme sur piste, d'une façon pour le moins étonnante.
"Beaugé, c'est un drôle de client: c'est un Antillais, donc on a toujours l'impression qu'il est un peu lent, qu'il laisse passer les choses", assène-t-il.
L'un des intervenants, Richard Dacoury, le rappelle à l'ordre, mais Godart continue. "Non, mais c'est vraiment un gars que je connais très bien, c'est pour ça que je dis ça! Et on retrouve des attitudes similaires avec Teddy Riner."
Le journaliste Patrick Montel, de son côté, explique que la salsa vient de Jamaïque, laissant quelques internautes pantois.
Candeloro et son anaconda
En 2014, rebelote, lors des jeux de Sotchi. Cette fois, c'est Philippe Candeloro qui s'illustre par ses propos pour le moins sexistes.
En parlant de la patineuse italienne Valentina Marchei, le premier déclare, par exemple, qu'elle a "beaucoup de charme, comme Monica Bellucci, avec un peu moins de poitrine."
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Et quand il observe les prouesses de la patineuse canadienne Kaetlyn Osmond, il affirme connaître "plus d'un anaconda qui aimerait venir l'embêter."
Souvent interrogé sur ce sujet, Philippe Candeloro dément toute forme sexisme, plaide l'humour, et surtout déplore un public "coincé de la fesse."
"Ces critiques, ce n'est pas nouveau, explique-t-il au Parisien. Et cette année, je suis un peu plus tranquille que les autres commentateurs sportifs de France Télévisions. D'ailleurs, Daniel Bilalian est très satisfait. Je ne plais pas à tout le monde, mais je pense qu'il y a quand même plus de gens qui m'aiment que de gens qui ne m'aiment pas."
Bilalian reste silencieux
Cette année-là, le CSA met pourtant en garde France Télévisions à cause de ces propos "extrêmement déplacés" et "graveleux", et regrette que Daniel Bilalian, justement, s'en tienne à "une attitude de dénégation."
Contacté par Libération, le directeur des sports du groupe refuse à l'époque de s'exprimer sur le sujet, estimant que "son avis n'intéressera pas".
Deux ans plus tard, rien n'a apparemment changé sur France Télévisions. Le groupe, que L'Express a tenté de joindre, n'a pas encore répondu à nos sollicitations.
Quant à Delphine Ernotte, qui dénonçait une "télévision d'hommes blancs de plus de 50 ans" à son arrivée à la tête de France Télévisions, et qui tente régulièrement de briser les clichés sexistes, elle n'a pas non plus commenté ce raté durant l'ouverture des JO de Rio.
