Sommaire

Numéro du 26 août 1968

- Prague : le coup de force

- Le PCF face à Prague

- La "Bande à Bonnot" : gangstérisme et anarchisme

- Revel : le visage des deux cultures

- Soljenitsyne : Staline dans Le Premier cercle

- Raz de marée de "cinérotique"

- La minute des réclames

- Au bon chic hebdomadaire

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Couverture de L'Express n°894 du 26 août 1968.

Couverture de L'Express n°894 du 26 août 1968.

© / L'EXPRESS

Prague : le coup de force

L'Express titre sur un sujet qu'il suit de près depuis le début de l'année 68 : le Printemps de Prague. Le 21 août, les troupes blindées du Pacte de Varsovie mettent brutalement fin à l'expérience de libéralisation politique.

L'écrasement du Printemps de Prague, dans L'Express du 26 août 1968.

L'écrasement du Printemps de Prague, dans L'Express du 26 août 1968.

© / L'EXPRESS

"Mercredi, à midi, toutes les sirènes de Prague mugissent, toutes les voitures s'arrêtent, klaxons bloqués. Les passants s'immobilisent ; sur les chantiers, les ouvriers abandonnent leurs outils. Tout un peuple se fige au garde-à-vous pour observer deux minutes de silence national. Seuls les chars soviétiques, dans le grincement de leurs chenilles hoquetant sur le pavé inégal de la Na Prikope, continuent à patrouiller vers la place Venceslas. Douze heures plus tôt, les premiers blindés avaient franchi la frontière. A Prague, un vrombissement de lourds avions volant à basse altitude déchirait la nuit douce d'une fin d'été calme. A l'aéroport, rapporte un correspondant de L'Express, des hommes surgissaient, exhibaient des revolvers et mettaient en joue le personnel de la tour de contrôle. Quelques instants après, se posait un premier avion soviétique, bondé de soldats en armes qui investissaient le terrain. Le deuxième appareil était chargé de techniciens qui s'emparèrent des postes de commande pour régler les atterrissages : des avion-cargo qui, à quelques minutes, débarquaient des auto-mitrailleuses, des chars et des fantassins." (Jacques Boetsch)

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Le P.C.F. face à Prague

L'invasion de la Tchécoslovaquie ce 21 août 1968 met le Parti communiste français sur des charbons ardents.

L'Humanité et la Tchécoslovaquie, dans L'Express du 26 août 1968.

L'Humanité et la Tchécoslovaquie, dans L'Express du 26 août 1968.

© / L'EXPRESS

"Déjà traumatisé par les bouleversements de mai et son échec électoral de juin, le P.C.F., catastrophé, devait, mercredi - et pour la première fois de son existence - désapprouver le 'grand parti frère' moscovite [...] Brutale, l'agression du 21 août a mis le Parti devant son destin. Et d'abord devant son histoire.

Le Parti Communiste français a toujours fait, selon la formule de Maurice Thorez, de 'l'attachement inconditionnel' à l'U.R.S.S. 'la pierre de touche de son internationalisme prolétarien'. A ce dogme intangible défini dès 1920, le Parti est resté fidèle contre vent et marée. Il l'est resté, le 23 août 1939, après la signature, éclatant comme un coup de tonnerre, d'un pacte germano-soviétique qui devait préfacer l'agression hitlérienne. Quelques jours suffirent à ses dirigeants pour s'aligner. Et quatre ans de résistance acharnée furent nécessaires pour que les communistes français, accusés de forfaiture en 1939, soient réintégrés en 1944 dans la vie nationale. [...] C'est, avec le début de la guerre froide, l'entrée du parti français dans un ghetto où l'enferme encore davantage, en 1956, l'intervention soviétique en Hongrie. 'Les travailleurs de France, déclare alors froidement le Bureau politique, sont sans réserve aux côtés des soldats soviétiques qui luttent pour empêcher l'instauration du fascisme dans ce pays et pour consolider le pouvoir socialiste.' Le surlendemain, le Comité central adresse un message de félicitations au P.C. soviétique, au mépris des remous qui secouent le P.C.F. : des écrivains comme Roger Vailland, des peintres - dont Pablo Picasso - désapprouvent ouvertement l'extrême docilité du parti français.

C'est bien cette docilité de fondation que la 'ligne Waldeck' remet aujourd'hui en cause, depuis que dans un numéro qui demeurera historique, L'Humanité de jeudi a condamné 'à la une' les 'camarades russes'". (Michèle Cotta et Jacques Derogy)

La "Bande à Bonnot" : gangstérisme et anarchisme

Article sur la "bande à Bonnot" dans L'Express du 26 août 1968

Article sur la "bande à Bonnot" dans L'Express du 26 août 1968

© / L'EXPRESS

La sortie d'un livre sur les célèbres malfrats de 1911 est l'occasion de présenter la "Bande à Bonnot" comme l'avant-garde d'un gangstérisme idéologique qui reviendra à la mode en cette fin de XXe siècle.

"L'anarchisme, en rêvant d'unir idéologues et prolétaires, préparait la collusion de l'utopie et du gangstérisme. Avant de rencontrer Bonnot, ses futurs acolytes n'étaient que des adolescents utopiques, qui se saoulaient de théories verbeuses sur l'amour libre, la diététique, la révolution permanente, et qui vivaient de vols à l'étalage et de menus fric-frac. Comment ces végétariens devinrent-ils des tueurs ? Bonnot, champion du volant et du revolver, fut le catalyseur qui transforma des bavards en desperados. En fournissant des armes et une tactique de la guérilla urbaine à des enfants en colère, Bonnot en fit des assassins. Le verbiage devint hold-up, et la contestation, massacre." (Jacques Cabau)

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Revel : le visage des deux cultures

Le divorce entre le monde de la culture et le monde des sciences est devenu une évidence. Or, l'exclusion des scientifiques du débat intellectuel, alors même que les technologies révolutionnent le monde contemporain, paraît dangereuse à Jean-François Revel.

"Autrement dit, lorsqu'on est scientifique, il faut être au moins Prix Nobel pour se mêler des problèmes dont dépend le sort de l'humanité, alors que, pour un littéraire, il suffit d'avoir écrit un livre ou d'avoir été admissible à un certificat de licence."

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Soljenitsyne : Staline dans

"Qui a prétendu que Staline était mort ? Jamais il n'a paru plus vivant qu'en cette semaine tragique. Et avec lui, tout le système qu'il a édifié. Personne n'en a parlé avec plus de talent - et avec de meilleures raisons - qu'Alexandre Soljenitsyne, considéré à juste titre comme le plus grand écrivain soviétique contemporain. Mais, dans son pays, réduit au silence. [...] Aujourd'hui, accusé d' 'antisoviétisme' par l'Union des écrivains, il vit comme un pestiféré. Ses livres ne sont pas édités. Ils circulent, ronéotypés, sous le manteau."

L'Express présente de larges extraits inédits du livre de Soljenitsyne.

"Staline était terrifiant parce qu'une erreur commise en sa présence était l'erreur qui suffisait à déclencher une explosion irrémédiable. Staline était terrifiant parce qu'il n'écoutait pas les excuses, qu'il n'accusait même pas - ses yeux jaunes de tigre s'éclairaient seulement d'une lueur inquiétante, ses lourdes paupières s'abaissaient un peu... et, en son for intérieur, il prononçait le verdict et le condamné l'ignorait : il partait en paix, était arrêté le soir même, et fusillé au matin".

Extraits du "Premier cercle" de Soljenitsyne dans L'Express du 26 août 1968.

Extraits du Premier cercle de Soljenitsyne, dans L'Express du 26 août 1968.

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Raz de marée de "cinérotique"

"Est-ce que vous vous rendez compte que le Pape a donné son agrément à Helga ? Voilà le secret de notre succès. Les croyants ne sont pas inhibés. C'est le producteur Martin Hellstern qui parle. Cet Allemand de 34 ans est en train de faire fortune. Helga, son premier film d' 'éducation sexuelle', talonne le record européen de recettes. C'est pourquoi M. Hellstern prépare dans ses studios de Zurich les épisodes suivants : Helga et Michaël et Helga et la révolution sexuelle. 'Certains spectateurs sont fatigués des films de guerre, d'autres des histoires policières. Une seule chose intéresse tout le monde à la fois : le sexe', dit-il. A ce propos, de nombreux spectateurs lui ont écrit pour déplorer l'insuffisance des explications données dans Helga. M. Hellstern est donc décidé à aller plus loin : 'Nous sommes en train de préparer Eva, dans lequel nous décrirons l'acte sexuel complet'."

La minute des réclames

Par le truchement d'un breuvage magique - un "drink", pour les initiés - chacun peut vivre son quart-d'heure hollywoodien, cheveux blonds étincelants et nez retroussé en prime.

Publicité pour Schweppes dans L'Express du 26 août 1968.

Publicité pour Schweppes, dans L'Express du 26 août 1968.

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Au bon chic de la semaine

On aurait tort de croire que la transparence sur chair nue est l'exclusivité des stylistes contemporains. Le langage a un parfum d'époque : "Mousseline sur indécence", "cuissardes de cosmonaute", "noir décolleté en flèche"...

Mode féminine dans L'Express du 26 août 1968.

Mode féminine, dans L'Express du 26 août 1968.

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