Sommaire
Numéro du 23 septembre 1968
- Les épreuves d'Edgar Faure
- Entretien avec Herbert Marcuse
- Les Français ruinés par l'alcool
- Les racines du racisme
- Minceur : les hommes aussi
- François Nourissier, par Matthieu Galey
- La minute des réclames
- Au bon chic de la semaine
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Couverture de L'Express n°898 du 23 septembre 1968 (Edgar Faure).
© / L'EXPRESS
L'après-Mai 68 : les épreuves d'Edgar Faure
Au ministre de l'Education revient la difficile tâche de moderniser l'université après les événements de mai, en ménageant les susceptibilités de camps radicalement opposés. En novembre, après avoir habilement passé le cap de la rentrée, il fera voter sa loi sur l'enseignement.
"La rentrée universitaire c'est, cet automne, la rentrée tout court. Le général de Gaulle y joue son prestige, M. Edgar Faure sa carrière, la jeunesse française son avenir. Habile parmi les habiles, citant Marx aux enragés et Joseph Prudhomme aux timorés, le ministre de l'Education nationale essaie, d'une seule pierre, de réussir ces trois coups. Cependant, l'immensité de l'enjeu paralyse les acteurs : politiques, enseignants, étudiants. La majorité parlementaire - réactionnaire au sens premier du terme, puisqu'elle fut élue en réaction - craint le désordre plus que l'immobilisme. Sous l'éperon du Général, elle accepte pourtant de courir les chances d'une réforme dont elle croit limiter les risques en s'efforçant d'en amenuiser la portée. [...] Au milieu de ces groupes divisés, désorientés, hérissés ou inquiets, M. Faure navigue, accroché au mât de la confiance du Général. Il vient, semble-t-il, de passer le premier cap des barricades : au rendez-vous de septembre, la rue est restée presque calme." (Marc Ullmann)

Edgar Faure face aux étudiants, L'Express du 23 septembre 1968.
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L'Express va plus loin avec Herbert Marcuse
L'Express rencontre le philosophe américain d'origine berlinoise Herbert Marcuse, dont l'influence a alimenté l'idéologie des révoltés de 1968 partout dans le monde. Plus d'une fois, son grand écart entre radicalité révolutionnaire et douce utopie étonne.

Entretien avec Herbert Marcuse dans L'Express du 23 septembre 1968.
© / L'EXPRESS
"Herbert Marcuse : Les étudiants l'ont bien dit : ils affrontent la violence de la société, la violence légale, la violence institutionnalisée. Leur violence à eux, c'est celle de la défense. Ils l'ont dit et je crois que c'est vrai. Grâce à une sorte de linguistique politique, on n'appelle jamais violence l'action policière, on n'appelle jamais violence l'action des forces spéciales au Vietnam. Mais on appelle très facilement violence l'action des étudiants qui se défendent contre la police, brûlent des voitures ou coupent des arbres. C'est un exemple typique de linguistique politique, utilisée comme arme par la société établie."
Les Français ruinés par l'alcool
Voici l'un des rares domaines où la France se porte aujourd'hui nettement mieux qu'en 1968 : l'abus d'alcool.
"Le Français boit chaque année 28 litres d'alcool pur. Deux fois plus que l'Allemand, trois fois plus que l'Anglais ou l'Américain, quatre fois plus que le Suédois. A quelques millions près, les Français dépensent en boissons alcoolisées ce qu'ils consacrent à leur logement : 18 Milliards de Francs. L'alcool est donc un géant économique. C'est aussi un ogre social." (Richard de Lesparda).

Infographie sur l'alcool en France entre 1950 et 1966, L'Express du 23 septembre 1968.
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La vogue récente du "binge drinking" ("cuite" massive ponctuelle) ne semble pas menacer la jeunesse de 1968, mais d'autres phénomènes inquiètent à l'époque : "l'éthylisme mondain", le goût des cadres pour les pots bien arrosés au bureau ou l'alcoolisme croissant, et particulièrement stigmatisant, des femmes.
Les racines du racisme

Article sur les minorités en Grande-Bretagne et en France, L'Express du 23 septembre 1968.
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"'Peut-on être un Noir anglais ?' Brutale, la question fut enfin posée par Christopher Bagley au troisième jour du colloque sur 'les relations inter-ethniques', qui réunissait, l'autre semaine, dans la campagne du Sussex, une vingtaine de sociologues, psychologues et ethnologues français et anglais. Rencontre d'autant plus significative que les deux pays se trouvent affrontés sensiblement au même problème : l'intégration harmonieuse de leurs immigrants. L'hiver dernier, l'afflux des Asiatiques, des Indiens et des Pakistanais chassés du Kenya et dotés d'un passeport britannique provoquait une violente réaction en Grande-Bretagne. [...] Pour les Anglais interrogés, le but de tout immigrant doit être de devenir un bon Anglais aussi vite que possible. Et la conception française de l'Etat centralisé et unificateur est aussi hostile aux particularismes." (Jacqueline Giraud)
A l'époque, les questions d'intégration des minorités ethniques étaient beaucoup moins centrales qu'aujourd'hui, mais certaines sont toujours d'actualité, cinquante ans tard. D'autres, sur la religion notamment, sont absentes du débat en 1968.
Minceur, les hommes aussi
Françoise Giroud s'en prend avec flamme à la dictature de la minceur, marqueur social qui touche jusqu'aux cadres masculins. Mais le plus gros de son article est consacré aux femmes et aux jeunes filles.
"Quelques kilos de plus ou de moins, cela compte-t-il tellement, même lorsqu'on ne fait pas métier de sa silhouette ? Eh oui ! Cela compte. Comment le nier ? La pression est formidable qui s'exerce sur toutes les femmes quand on leur propose comme modèle de la grâce contemporaine ce chapelet d'osselets nommé Twiggy, quand on les habille en petites filles, ou mieux encore en garçons".
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François Nourissier par Matthieu Galey

Article sur François Nourissier, L'Express 23 septembre 1968.
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"Le goût d'écrire était en lui, plus fort que toute autre ambition. Mais le monde littéraire, en France, est aussi une 'société secrète' où l'on ne pénètre pas comme on veut. Outre le talent, il y faut de l'obstination, du savoir-faire et un certain don pour la diplomatie armée qui doit être d'autant plus subtile qu'elle s'exerce sur un milieu minuscule et féroce. A l'époque où François Nourissier apprenait les règles de cette partie de quilles, la littérature vivait toujours sous le directoire Sartre-Camus-Beauvoir. On prisait les romans engagés, lourds de sentiments nobles, et l'on exploitait, avec l'illusion de faire du neuf, des techniques directement importées des Etats-Unis, via Faulkner et Dos Passos. Quelques jeunes gens qui avaient de l'insolence et des lectures - les plus connus étaient Antoine Blondin et Roger Nimier - se refusaient à donner dans le conformisme du moment. Pour s'opposer à la génération qui les précédait, ils étaient revenus à des maîtres plus anciens, que la politique avait provisoirement rayés du tableau d'honneur : Drieu La Rochelle, Morand, Céline, Chardonne, Giraudoux. Sans être tout à fait le frère d'armes de ces 'hussards', François Nourissier se sentait au moins leur cousin germain." (Mathieu Galey)
La minute des réclames
Avant la vogue du "pole-dancing", la plomberie était déjà glamour.

Publicité pour de la robinetterie, dans L'Express du 23 septembre 1968.
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Quant aux allusions des laveries en libre-service Sellsa, elles font dans la grosse finesse...

Publicité pour laveries Sellsa, dans L'Express du 23 septembre 1968.
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Au bon chic de la semaine
Le charme discret de la bourgeoisie, tel qu'il s'incarne dans la langoureuse "femme-tricot".

Mode féminine, dans L'Express du 23 septembre 1968.
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