Sommaire

Numéro du 2 septembre 1968

- Liberté d'expression en Tchécoslovaquie, par J.J. S.S

- France : première explosion d'une bombe H

- Fin de l'apprentissage du latin en sixième

- Autoroutes : les gagnants et les perdants

- Les entreprises adoptent le test psychologique de Rorschach

- Au bon chic de la semaine

- La minute des réclames

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Le fantastique parallèle par J.J. S.S.

Quelques jours après l'invasion de la Tchécoslovaquie par le Pacte de Varsovie, Jean-Jacques Servan-Schreiber condamne le rétablissement de la censure.

Couverture de L'Express n°895 du 2 septembre 1968.

Couverture de L'Express n°895 du 2 septembre 1968.

© / L'Express

"Dominant tout le reste, dans le diktat soviétique imposé au peuple tchèque, il y a le rétablissement de la censure. Le reste, pêle-mêle, est le catalogue classique qu'une propagande paresseuse et une économie sous-développée amènent à ce qu'on appelle encore 'la solution marxiste-léniniste des problèmes internationaux' ('Pravda'). Il y a la vigilance militaire 'contre l'alliance des revanchards de Bonn et des révisionnistes de Pékin'. Il y a 'la solidarité prolétarienne internationale', qui doit continuer d'interdire l'ouverture de l'économie tchèque vers les marchés mondiaux. Tout cela est rude, et le retour en arrière considérable. Mais, à la limite, les citoyens tchèques pourraient endurer les conséquences, militaires et économiques, de ce nouveau rideau de fer. L'insupportable, c'est la liberté d'expression interdite. Or il ne s'agit pas d'un sadisme particulier de la part des occupants ; c'est évidemment l'essentiel."

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Ce que vaut la force de frappe

Le 24 août 1968 a lieu le premier essai d'une bombe H française sur l'atoll de Fangataufa en Polynésie.

"Commencé en catimini par la IVe République, poursuivi avec affectation par la Ve, le programme militaire atomique français a atteint l'autre samedi, grâce à l'explosion d'une ébauche de bombe à hydrogène, au-dessus de l'atoll corallien de Fangataufa, son heure 'H'. Une heure de prestige et de doute. Car, à la satisfaction sans mélange témoignée par le général de Gaulle à l'égard du 'magnifique succès' accompli, pour la France, 'par l'élite de ses enfants' se superpose l'interrogation commune des tenants et des adversaires de la force de frappe : est-elle efficace et à la mesure des ressources du pays ?" (Marc Ullmann)

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Le latin perd une bataille

A la rentrée de 1968, la réforme d'Edgar Faure, ministre de l'Education nationale, fait disparaître le latin des emplois du temps des élèves de 6e.

"Qui est plus obstiné que la petite chèvre de M. Seguin ? C'est M. Guy Bayet, président de la Société des agrégés et lui-même professeur de lettres dans un lycée. Elle n'avait tenu qu'une nuit contre le loup. Il a résisté trois longs jours pour défendre un dogme : la nécessité de l'initiation précoce au latin. Hélas pour M. Bayet, déjà malmené par la désagrégation de l'agrégation, au soir du troisième jour, le loup de la réforme l'a croqué. Comme le laissait entendre M. Edgar Faure, ministre de l'Education nationale, dans son discours de juillet, comme le souhaitait déjà M. Alain Peyrefitte, son prédécesseur, et comme le préconisaient la majorité des pédagogues, les enfants qui entreront fin septembre en sixième n'auront pas, de toute l'année, à s'initier aux finesses relatives du 'De viris illustribus'." (Colette Gouvion)

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Autoroutes - Les stations-service font fortune

Si la mise en service des autoroutes fait gagner du temps aux automobilistes et de l'argent aux stations-service, les villes et villages contournés se plaignent du manque à gagner.

Jean-Paul Camblain, directeur des autoroutes dans L'Express n°895 du 2 septembre 1968.

Jean-Paul Camblain, directeur des autoroutes, dans L'Express n°895 du 2 septembre 1968.

© / L'Express

"D'abord, les événements... Et, juste après, l'autoroute... On peut dire qu'on n'a pas eu la chance..." C'est la complainte d'un marchand de nougat de Montélimar qui fait le bilan des catastrophes de l'année. L'autoroute fait gagner trois ou quatre heures sur Paris-Marseille, 'économise' les morts par accident et met la plage à portée de voiture. C'est le nouveau symbole des temps modernes. Mais si l'intérêt général y gagne, certains intérêts locaux y perdent. Auxerre, puis Valence, contournées par l'autoroute, se sont plaintes d'être délaissées. Et maintenant Montélimar : au Relais de l'Empereur, deux chambres sur trois sont inoccupées. L'an dernier, l'hôtel affichait complet. Pour certains commerces, le chiffre d'affaires est tombé de 60%.

'Nos villes meurent' viennent se plaindre les hôteliers au commissariat au Tourisme. 'Mettez des panneaux' leur répond-on. Ils repartent amers et constatent que les nouveaux restaurants pour 'autoroutiers' font le plein : celui de Vémars (autoroute du Nord), ouvert en mars 1968, a un chiffre d'affaires de 7000 Francs par jour. Celui de Saint-Rambert-d'Albon (autoroute Paris-Marseille), ouvert le 30 juin, arrive à 10 000 francs par jour. Mais le plus spectaculaire, c'est le boom des stations-service : certaines débitent un million de litres par mois. La plupart d'entre elles proposent avec succès toutes sortes de gadgets ou de l' 'épicerie sèche' : rien qu'en bonbons, biscuits, boissons non alcoolisées, la station Shell de Courtenay (Loiret) 'fait' 1000 Francs par jour. Autres bénéficiaires : les garagistes. M. Robert Boni, installé à Rouvray (Côte-d'Or), où aboutit depuis deux ans l'autoroute du Sud, compte une moyenne de '15 urgences par jour' : 'Les conducteurs n'ont pas l'habitude, dit-il. Ils roulent trop longtemps trop vite'. Conséquence inattendue : il conseille aux automobilistes en panne les hôtels les plus proches. 'Les villes qui s'estiment actuellement lésées ne doivent pas s'inquiéter, estime M. Jean-Paul Camblain, directeur des autoroutes à la S.C.E.T. (Société centrale pour l'équipement du territoire). On a constaté que les agglomérations délaissées trouvent, dans une deuxième phase, un nouvel équilibre. Et puis, ajoute-t-il, les villes deviennent plus attirantes. Voyez Valence, on aime maintenant s'y promener à pied'. C'est, à vrai dire, le seul - et faible - espoir des 'victimes de l'autoroute' que le prestige que confère le temps gagné le cède au charme du temps passé dans la paix des villes 'abandonnées'."

Les tests projectifs au service des entreprises

Les entreprises utilisent le test psychologique de Rorschach pour recruter.

Test de Rorschach dans L'Express n° 895 du 2 septembre 1968.

Test de Rorschach, dans L'Express n° 895 du 2 septembre 1968.

© / L'Express

"En 1921, le psychiatre suisse Hermann Rorschach [...] publiait un livre remarquable qui fait encore autorité aujourd'hui : Essai d'un diagnostic psychologique par la perception.

[...] Tout le monde sait, plus ou moins, en quoi consiste le Rorschach. On présente au sujet une série de planches représentant des taches d'encre, les unes en noir et blanc, d'autres colorées. Il doit dire ce que lui évoquent les taches : formes humaines ou animales, objets, gouffre, volcans, etc. Dans ses réponses (et aussi dans le temps mis à répondre, les hésitations, les lapsus, qui sont soigneusement notés), le patient projette sa personnalité et ses problèmes affectifs inconscients. Mais dans un langage indirect, qu'il appartient ensuite au psychiatre de décoder.

[...] Les tests projectifs ne fournissent pas de résultats mathématiques aisément chiffrables, comme le fameux QI (quotient intellectuel), qui fixe avec précision le niveau du développement intellectuel.

[...] Le test permet de déceler, par exemple, les dispositions d'un sujet à occuper ou non tel poste de commande, et aussi la mauvaise adaptation à un poste donné. Quand on sait que 80% des fautes qui se produisent à l'intérieur d'une entreprise sont imputables à 4% seulement des membres de cette entreprise, on voit quel intérêt il peut y avoir à soumettre les cas-problèmes à l'épreuve du Rorschach. Selon les résultats, on pourra mettre en oeuvre une psychothérapie de soutien qui aidera l'individu perturbé à mieux s'adapter à ses conditions de travail, ou le changer de poste si cette adaptation ne semble pas réalisable. Dans les cas extrêmes, on l'enverra se reposer. Ou se soigner.

Certaines entreprises demandent aujourd'hui que le postulant à un poste important soit soumis à l'épreuve de tests projectifs. Moyennant quoi, une revue destinée aux cadres avait entrepris naïvement de donner à ses lecteurs, livre en main, les réponses qu'il fallait faire si on voulait être embauché. De l'avis des spécialistes, c'était peine perdue : on ne réussit pas à tromper un psychologue chevronné." (Rosie Maurel)

Au bon chic de la semaine

En cette rentrée d'automne, le sac à main, chic et sobre, se porte en bandoulière.

Sac en cuir Dofan dans L'Express n°895 du 2 septembre 1968.

Sac en cuir Dofan, dans L'Express n°895 du 2 septembre 1968.

© / L'Express

La minute des réclames

Dans sa publicité, la Caisse Nationale de Prévoyance propose des contrats d'assurance pour mettre à l'abri toute la famille. On la dirait tout droit sortie de la série des Martine, dans laquelle le monde est rassurant et les parents attentionnés et de bon conseil.

Publicité de la Caisse Nationale de Prévoyance dans L'Express n°895 du 2 septembre 1968.

Publicité de la Caisse Nationale de Prévoyance, dans L'Express n°895 du 2 septembre 1968.

© / L'Express