C'est une première. Marlène Schiappa, se rend ce jeudi matin au Medef, à l'invitation de son président Geoffroy Roux de Bézieux, pour une réunion d'échanges avec le réseau Femmes du Medef, lancé il y a un an par Dominique Carlac'h, vice-présidente de l'organisation patronale. Depuis son entrée au gouvernement, la secrétaire d'Etat chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes n'avait jamais mis les pieds avenue Bosquet.

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Il faut dire que ses deux premières années au gouvernement ont surtout été consacrées à la lutte contre les violences faites aux femmes. Mais un nouveau chapitre s'est ouvert l'été dernier avec le G7 de Biarritz sous présidence française et l'annonce d'une loi à venir pour l'émancipation économique des femmes. La détermination de Marlène Schiappa et Bruno Le Maire à imposer dans ce texte des quotas de femmes pour les comités exécutifs des entreprises a contraint le Medef à réagir. Et à allumer des contre-feux.

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Le 30 janvier, l'Afep et le Medef ont ainsi publié une version révisée de leur code de gouvernement d'entreprise : l'idée est d'exiger du conseil d'administration qu'il fixe des objectifs de mixité pour le comité exécutif, la direction générale devant s'engager à rendre des comptes à ses actionnaires sur son plan d'action en la matière. Et si elle n'atteint pas ses objectifs à expliquer pour quelles raisons et comment elle entend y remédier. Avec cette nouvelle disposition, l'Afep et le Medef espèrent éviter que la loi impose des quotas uniformes pour toutes les entreprises, quel que soit le secteur d'activité, comme l'avait préconisé le Haut Conseil à l'Egalité dans un rapport remis le 17 décembre à Bruno Le Maire et Marlène Schiappa.

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Nul doute que le sujet de la mixité dans les instances de gouvernance sera au coeur des discussions ce jeudi lors de la réunion avec Marlène Schiappa. "Nous ne sommes pas encore d'accord sur le comment mais nous partageons l'objectif" dit-on au ministère. Toutes les thématiques seront évoquées, assure-t-on vote Medef, de la place des femmes dans l'économie à l'entrepreneuriat féminin. Le Medef, qui travaille cette question de l'égalité femmes-hommes depuis deux ans sous l'impulsion d'Armelle Carminati, à la tête du comité Entreprise inclusive, espère démontrer sa bonne volonté. En juin dernier, il avait organisé une première journée de mobilisation nationale sur la lutte contre le sexisme et le harcèlement en entreprise. Cet automne, la 8e édition de son Baromètre sur la perception du climat d'égalité des chances en entreprise comprenait un focus sur l'égalité femmes-hommes. Où l'on voyait que ce sujet est important pour 87% des salariés interrogés, et même jugé prioritaire pour 53% d'entre eux. Avec comme préoccupation majeure, l'égalité salariale...

Coprésidente avec Aziz Senni de la Commission Nouvelles responsabilités entrepreneuriales du Medef, qui conduit ce baromètre, Dominique Carlac'h, par ailleurs à la tête d'un cabinet de conseil en innovation, milite pour que le sujet, au sein de l'organisation patronale, ne soit pas seulement porté par les femmes. En juin dernier, c'est ainsi le numéro 2 du Medef, Patrick Martin, qui avait clôturé la journée consacrée à la lutte contre le sexisme en entreprise.

Mais le chemin est long. Le 14 janvier 2020, le nouveau conseil exécutif était profondément renouvelé et féminisé, pour atteindre... 25% de femmes. Un chiffre encore faible quand on sait que ces dames représentent le tiers des cadres dans les plus grandes entreprises françaises. Mais qui se rapproche de la fameuse "parité économique" (30%) visée par le Medef.

Preuve de ses efforts, le Medef a fait ses devoirs avant de recevoir Marlène Schiappa : l'organisation patronale, qui compte 180 salariés, a calculé son index égalité, publié le 1er mars. Verdict : 89/100. Mais pas question d'en savoir plus sur le détail de la note...