Marlène Schiappa l'avait promis au collectif 2GAP rencontré il y a deux semaines : une évaluation de la loi Copé-Zimmermann, qui a imposé des quotas dans les conseils d'administration des sociétés cotées pour que les femmes y soient aussi bien représentées que les hommes, serait lancée. C'est chose faite. Et c'est l'auteure même de la loi, l'ex député Marie-Jo Zimmermann, qui en est chargée. Elle devra aussi préparer son élargissement aux comités exécutifs et directeurs. La secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes veut accélérer la féminisation des instances dirigeantes des entreprises françaises. Le palmarès de la féminisation des instances dirigeantes du SBF 120 publié aujourd'hui par le ministère montre des progrès, notoires sur les conseils d'administration, très lents sur les comex et codir. Interview.

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Quel regard portez-vous sur la 7ème édition du Palmarès de la féminisation des instances dirigeantes des entreprises du SBF120 réalisé pour le gouvernement ?

Marlène Schiappa : Pour la 4e année consécutive, Gecina arrive en première position. Avec un taux de féminisation de 50% pour son conseil d'administration, de 40% pour son comité exécutif et de 42% pour son Top 100, cette entreprise est un modèle de mixité dans sa gouvernance. Sodexo conserve sa deuxième place et a encore accru la féminisation de son conseil à 60%. L'Oréal, par ailleurs très engagé sur l'égalité femmes-hommes, arrive troisième avec un taux de féminisation de son conseil à près de 54%. L'entreprise Mercialys reste, quant à elle, 4ème avec un comité exécutif qui passe de 22% à 50% de femmes. Nous avons salué cette performance en nous rendant aujourd'hui au siège de cette société méconnue du grand public. Autant je suis partisane du "name and shame", autant il faut aussi honorer les réussites. Ainsi, Maisons du monde intègre le top 5, avec des taux de féminisation en nette progression.

Pourquoi souhaitez-vous disposer d'une évaluation approfondie de la loi Copé-Zimmermann ?

M.S. : Il faut en finir avec l'incantation sur l'égalité femmes-hommes. En janvier 2021, nous fêterons les dix ans du vote de la loi Copé-Zimmermann : il m'a semblé important de dresser un état des lieux de son application, et c'est une première, de confier ce travail à la député, Marie-Jo Zimmermann, qui a porté ce texte. Ce suivi est indispensable. Regardez les lois sur l'égalité salariale : elles ont été votées, je n'étais même pas née. Une génération après, elles ne sont toujours pas appliquées ! Ma mère a eu le temps de faire sa carrière, de faire des enfants, je suis à mon tour entrée dans la vie professionnelle, j'ai à mon tour eu des enfants, ma fille a 13 ans, je ne veux pas qu'on en soit toujours au même point quand elle commencera à travailler ! Quand on regarde le palmarès de la féminisation des entreprises du SBF 120, on constate qu'il reste encore beaucoup de mauvais élèves, que la loi Copé-Zimmermann n'a pas vraiment créé l'appel d'air espéré sur les comités exécutifs ou directeurs. Nous avons donc besoin d'un bilan exhaustif, il faut aller plus loin qu'une simple photographie annuelle.

Le palmarès annuel tend en effet à démontrer l'efficacité de la loi Copé-Zimmermann. En revanche, les progrès sont très lents sur les comex et codir. L'élargissement des quotas à ces instances s'impose donc ?

M.S. : Je suis favorable aux quotas dans les comex et codir. Je l'ai déjà dit. Grâce aux quotas, la France est devenue leader en Europe de la féminisation des conseils d'administration : dans les conseils des sociétés du SBF 120, nous sommes passés de 26,2% de femmes en 2013 à 43,4% en 2018 puis 45% en 2019. Le ministre de l'Economie, Bruno Le Maire, s'est aussi déclaré en faveur des quotas. Le Haut conseil à l'égalité entre les femmes et les hommes (HCE), auquel nous avions confié une mission l'an dernier sur le sujet, l'est également, tout comme les réseaux féminins. Comme le dit très bien Marie-Jo Zimmermann, c'est un mal nécessaire et un tel dispositif devrait rester temporaire, jusqu'à ce que les nominations soient exclusivement basées sur la compétence...

Pourquoi donner une nouvelle mission sur les quotas à Marie-Jo Zimmermann après avoir reçu le rapport du HCE sur le même sujet ? Faut-il encore vaincre des résistances, par exemple dans le patronat ?

M.S. : J'ai rencontré le Medef et l'Afep à plusieurs reprises, il y a une réelle volonté de travailler sur l'égalité femmes-hommes. Le HCE regroupe des experts, leur rôle était d'évaluer la faisabilité juridique des quotas dans les comités exécutifs/directeurs. Madame Zimmermann, qui a été précurseur sur le sujet il y a dix ans, va évaluer l'impact de sa loi, elle va mener un travail d'analyse approfondi, mais aussi de préparation et d'alerte pour aboutir au texte le plus solide possible quand il s'agira d'élargir ces quotas à d'autres instances dirigeantes. L'objectif est d'identifier les biais éventuels et de comprendre les blocages. Par exemple comment répondre à Dassault Aviation, la lanterne rouge de notre palmarès, qui nous dit, "c'est difficile de trouver des femmes ingénieures" ?

Le palmarès publié aujourd'hui souligne aussi la quasi-absence de femmes aux postes de numéro un : seulement 11 directrices générales ou présidentes du directoire sur 120 sociétés...

M.S. : Un tel constat plaide, une fois de plus, en faveur des quotas. Cela montre une chose : dès lors qu'il n'y a pas obligation de nommer une femme, on choisit un homme !

De ce point de vue, l'Etat ne devrait-il pas montrer l'exemple ?

M.S. : C'est certain, et la loi Sauvadet (loi de 2013 imposant un nombre minimum de personnes de chaque sexe parmi les nominations dans l'encadrement supérieur et dirigeant de l'Etat et des collectivités locales, NDLR) n'est pas suffisamment appliquée. Le Président Emmanuel Macron a d'ailleurs tapé du poing sur la table lors d'un récent conseil des ministres en réclamant des nominations paritaires. Cela n'est pas impossible : on l'a vu ces dernières années avec les nominations à la tête de l'audiovisuel public ou encore de la RATP. L'Etat a évidemment un rôle à jouer comme actionnaire, mais aussi comme investisseur - d'où l'idée d'un fonds consacré à l'entrepreneuriat féminin piloté par la BPI. Nous pouvons aussi agir à travers la commande publique, par exemple en excluant des appels d'offre les entreprises condamnées pour non-respect de l'égalité femmes-hommes ou en favorisant celles qui mènent des politiques en faveur de la mixité.