A l'aube de ce nouveau mandat, le think tank de L'Express formule ses propositions pour réformer le pays sans tarder. Des idées dans lesquelles, sait-on jamais, le locataire de l'Elysée pourrait piocher pour enrichir son projet.
En facilitant et accélérant la gestion de processus complexes, le numérique s'est progressivement imposé dans nos vies. Il est aujourd'hui difficile de réserver un billet de transport, de chercher un emploi ou même un logement sans utiliser un service numérique. La gestion de l'Etat se numérise aussi, mais à un rythme moins spectaculaire.
Une généralisation totale du numérique au sein de l'Etat n'est possible qu'à la condition d'un accès à une connexion Internet à haut débit et à faible coût pour chaque citoyen. Ces derniers mois, le développement par l'air et par la terre des réseaux de communication s'est intensifié. En 2022, plus de 99% de la population française est couverte par le réseau sans fil haut débit (4G/5G), et plus de 30 millions de foyers sont raccordables à la fibre optique, des chiffres encore inimaginables il y a cinq ans. L'objectif d'une couverture totale devenant réalité, elle ouvre la voie à une utilisation encore plus ambitieuse du numérique. Le prochain quinquennat présidentiel devra s'en saisir pour moderniser et transformer en profondeur l'action de l'Etat. Pour cela, trois grands défis devront être surmontés.
Le premier sera celui de l'éducation et de la culture du numérique. Pour construire les outils de demain, des applications aux logiciels en passant par les services et systèmes d'information, nous aurons besoin de former des techniciens, développeurs et ingénieurs experts du numérique. Mais, en parallèle, il faudra aussi accompagner nos concitoyens, les familiariser avec ces nouveaux outils, si nous voulons que ces derniers soient acceptés, maîtrisés. Sans quoi nous ne pourrons pas exploiter leur plein potentiel.
Le deuxième sera celui de l'indépendance stratégique : l'enjeu, ici, est de favoriser le stockage de nos données les plus sensibles sur le territoire français. Il faudra relocaliser au sein de l'Etat une partie de la maintenance des plateformes et veiller à ce que les services numériques déployés ne dépendent pas uniquement d'acteurs étrangers.
Le défi de la responsabilité, enfin. Le numérique ne pourra se développer de manière efficiente que s'il est inclusif, intuitif et égalitaire, c'est-à-dire accessible et adopté par tous les citoyens, y compris les moins riches ou agiles. Il doit aussi être écologique. Les algorithmes que nous développerons devront être plus sobres, par la prise en compte de leur consommation dès la phase de conception, et les appareils utilisés doivent avoir un impact environnemental le plus faible possible. La tâche est ambitieuse, mais rien de ce qui précède n'est insurmontable. Surtout pas dans un pays comme le nôtre, qui, quoi qu'on en pense, est l'un des mieux placés au monde pour prendre ce virage.
