En longeant la route principale bordant le port de Gennevilliers, difficile de ne pas lui accorder un regard, même distrait. Avec ses six mètres de long sur 2,5 mètres de large, sa peinture rouge cerise, ses baies vitrées et sa devanture lumineuse, le design de ce conteneur tranche avec celui de ses semblables dans ce terminal portuaire au nord de Paris. À l'intérieur, aucune marchandise destinée à la capitale, mais plusieurs centaines de produits alimentaires agencés sur une douzaine de rayons.

Ce conteneur de 15 mètres carrés, exploité par la start-up tricolore Storelift et baptisé "Boxy", est en réalité un magasin d'un nouveau genre. Ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept sans personnel à l'intérieur, il ne dispose d'aucune caisse automatique. Pour faire ses achats, le client n'a qu'à télécharger une application sur son smartphone, s'identifier avec un QR code à l'entrée, choisir ses produits et s'en aller. Un reçu lui sera alors transmis dans la foulée.

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Derrière ce fonctionnement fluide, un bouquet de technologies développées par Storelift. Algorithmes de détection des clients, vision par ordinateur, balances connectées... l'intelligence artificielle irrigue tout le magasin et permet de s'assurer que les articles sont bien identifiés chaque fois qu'ils sont prélevés par le client. "On revendique une précision de 98% à 99%", indique fièrement le fondateur David Gabai. Avec son associé Tom Hayat, ils ont déjà installé cinq de leur "Boxy" dans des zones périphériques des villes depuis l'été. "Il y a une vraie appétence des municipalités car nous répondons à une problématique d'accessibilité du commerce", souligne encore David Gabai.

Un appétit mondial pour le secteur

Storelift est loin d'être le seul à parier sur le développement de ces magasins nouvelle génération. En Chine, ils explosent, bien aidés par la généralisation de la reconnaissance faciale dans le pays. Dans le monde occidental, Amazon affiche des prétentions énormes avec ses enseignes Amazon Go - dont il vient d'ouvrir le premier modèle à Londres la semaine dernière -, ou sa technologie similaire "Just Walk Out Technology" qu'il compte vendre aux distributeurs. La France n'est évidemment pas en reste. "Tous les acteurs du secteur ont des projets en cours, à différents stades de maturité", confirme Mike Hadjadj, fondateur du réseau d'experts de la grande distribution "I love retail".

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C'est le cas notamment du groupe Casino. En bas du siège de Monoprix à Clichy (Hauts-de-Seine), la firme de Jean-Charles Naouri a récemment ouvert son "Black Box", un format similaire à celui de "Boxy". À ceci près que seuls des capteurs de pesée permettent l'identification des produits. "Une solution moins onéreuse", souligne Martin Calmels, directeur de l'innovation chez Casino. Déterminant, alors que le coût de ces technologies peut vite se révéler impossible à rentabiliser dans un secteur aux faibles marges. Une équation qui explique que la plupart des développements français se fassent aujourd'hui sur ces "containers".

Ce format permet en effet d'éprouver à petite échelle la technologie et l'adhésion des clients. Avant la crise, seuls 33% des consommateurs français se disaient intéressés par ces magasins 100% automatisés, selon une étude réalisée par OpinionWay pour "I love retail". La crise pourrait néanmoins changer la donne. "Le Covid a complètement modifié les usages et accéléré les modes de consommation digitaux", avance Mike Hadjadj. Dans un "monde d'après" où les problématiques sanitaires resteront très prégnantes, la perspective d'éviter le passage en caisse et toutes les interactions qu'il entraîne pourrait également constituer un accélérateur critique. Jeunes pousses et grands distributeurs français se tiennent prêts sur la ligne de départ.