Les entrepreneures ne comptent pas pour du beurre ! C'est en substance le message délivré par une vingtaine d'associations, toutes membres du collectif Elle&Co pour les femmes dans l'économie, signataires au côté d'une douzaine de personnalités d'un manifeste publié ce mardi 14 avril sur la plate-forme Wesignit.
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Intitulé "Soutenir les femmes entrepreneures aujourd'hui pour ne pas reculer demain", le texte alerte sur les risques encourus par les PME/TPE créées par les femmes : "Avec la crise du Covid-19, des milliers de sociétés sont au bord de la faillite. De nombreuses mesures destinées à accompagner les entreprises ont été mises en place. Nous demandons qu'une attention spécifique soit portée à l'entrepreneuriat des femmes", écrivent les cinq rédactrices de l'appel, Claire Saddy, présidente de l'incubateur Les Premières Auvergne Rhône-Alpes, Isabella Lenarduzzi, fondatrice de Jump, Cristina Lunghi, fondatrice d'Arborus, Aurélie Ponzio du Réseau Mampreneures France et Chantal Corbet, business angel.
A l'initiative du texte, ces cinq femmes engagées ont rapidement été rejointes par des personnalités du business et de la société civile, et pas n'importe lesquelles : l'ancienne députée Marie-Jo Zimmermann (co-auteure de la loi Copé-Zimmermann sur les quotas dans les conseils d'administration), la fondatrice du réseau Les Premières, Frédérique Clavel, la chercheuse et directrice de la chaire Femmes et Renouveau économique Séverine Le Loarne, la conceptrice de l'étude Gender Scan, Claudine Schmuck, l'entrepreneur et cofondateur de #JamaisSansElles, Guy Mamou-Mani, le directeur général d'Epitech, Emmanuel Carli, l'entrepreneur Aziz Senni, coprésident de la commission "Nouvelles responsabilités entrepreneuriales" du Medef etc...
Des entreprises fragilisées par leur sous-capitalisation
"Tout est parti de nos échanges, au sein du hub Elles&Co (qui réunit 25 associations, NDLR), sur nos difficultés en tant qu'entrepreneures face à la crise du coronavirus, explique Claire Saddy. Il nous est apparu clairement qu'au-delà des problèmes de trésorerie propres à toute entreprise aujourd'hui, les sociétés créées par les femmes risquaient de souffrir davantage compte tenu de leur sous-capitalisation."
Rappelons que plusieurs études ont récemment mis des chiffres sur la difficulté d'accès aux financements pour les entreprises créées par des femmes : lors des levées de fonds, le ticket moyen est 2,5 fois moins élevé que pour une entreprise créée par un homme ; quant au taux de rejet de crédit bancaire, il est presque deux fois plus élevé pour les créatrices (4,3%) que pour les créateurs (2,3%).
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Or, les entreprises créées par les femmes (40% du total en France) sont cruciales pour l'économie, celle d'aujourd'hui et celle qu'il faudra reconstruire demain, rappelle le manifeste. D'abord, parce qu'elles performent en moyenne mieux que les entreprises créées par leurs homologues masculins, comme en témoignait encore l'édition 2019 du Women Equity Index. Ensuite, parce qu'elles investissent "des champs jusqu'à présent sous-valorisés, mais qui représentent une forte valeur ajoutée" à l'aune de la crise : la santé, le soin, les services à la personne, l'éducation, l'environnement, la culture.
Enfin, assurent les auteures du manifeste, parce que les femmes entrepreneures "ouvrent la voie à un nouveau modèle économique qui favorise un équilibre entre recherche du profit, intérêt général et utilité publique". Elles sont aussi particulièrement vigilantes sur la conciliation des temps de vie, un sujet devenu crucial à l'heure du confinement et du télétravail.
Plus de déduction d'impôt pour les investisseurs engagés auprès des entrepreneures
Pour toutes ces raisons, le manifeste appelle à des actions urgentes en faveur de l'entrepreneuriat des femmes. A la fois pour préserver l'acquis - grâce aux efforts entrepris depuis plusieurs années dans l'Hexagone par de nombreux acteurs publics et privés, la France pointe au 6ème rang mondial de la création d'entreprise par les femmes - et pour réussir la transition vers le monde d'après. "L'égalité femmes-hommes est le vecteur d'un nouveau monde auquel nous aspirons tous et toutes, plus solidaire, plus innovant, plus juste" insiste le manifeste.
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Parmi les propositions avancées, l'une vise spécifiquement les entreprises fondées par les femmes, "non pour leur donner un avantage concurrentiel mais pour rétablir un équilibre" : il s'agirait de doubler la déduction d'impôt pour tout investissement dans une PME créée ou reprise par une femme. De quoi faciliter l'apport en capital pour les entrepreneures. "Nous faisons l'hypothèse que porter à 36%, au lieu des 18% actuels, la réduction d'impôt pour les investisseurs en capital dans des entreprises dirigées par une ou des femmes, permettrait de doubler le montant des fonds levés", écrivent les signataires. Une idée qui fait écho à celle récemment émise par la Fédération France Angels et France Digitale, suggérant de porter de 18 à 30% le dispositif de déduction d'impôt sur le revenu pour l'investissement dans les PME.
Une assurance chômage et des délais de paiement encadrés
Le manifeste demande également une assurance chômage pour les chefs et cheffes d'entreprise, une idée qui avait été avancée par Emmanuel Macron lui-même. Et qui pourrait favoriser la création d'entreprise au féminin, ces dames témoignant en moyenne d'une plus grande aversion au risque (ce qui explique aussi la plus grande pérennité de leurs activités).
Enfin, le manifeste demande que soit imposée une réduction des délais de paiement des grands groupes et des organismes publics à 30 jours maximum pour toutes les TPE/PME, et que ceci soit accompagné d'un acompte obligatoire de 40%.
Elaboré en trois semaines, face à la crise, le texte espère maintenant recueillir de nombreuses autres signatures. Ses initiateurs veulent ensuite soumettre leurs propositions aux ministères concernés pour construire des réponses efficaces. "Les femmes entrepreneures ne doivent pas être victimes de la crise alors qu'elles font partie de la solution", conclut Claire Saddy.
