"La technologie est devenue déterminante pour la souveraineté des nations. C'est aujourd'hui une question de défense nationale." Cette analyse d'un professionnel des télécoms explique ce qui a poussé la Maison-Blanche à déclarer la guerre aux sociétés de la tech chinoise, accusées d'espionnage et de vol de secrets commerciaux et gouvernementaux. Le mois dernier, l'administration Trump a ainsi fermé les portes de son pays à l'équipementier Huawei, placé sur la liste noire (Entity List) du département américain du Commerce. Fin juin, cinq nouvelles entreprises de l'empire du Milieu l'y ont rejoint, dont des supercalculateurs utilisés par Pékin et des géants locaux comme ByteDance ou le cybermarchand JD.com.
LIRE AUSSI >> Les guerres économiques de Trump
L'année dernière, Trump avait déjà failli provoquer la chute de ZTE, le géant chinois des télécoms, en lui bloquant l'accès aux puces électroniques américaines. Un véritable talon d'Achille technologique pour la Chine, à la traîne sur le marché des semi-conducteurs. Depuis son bureau à Taïwan, Gabriel Chou, responsable Asie du World Semiconductor Trade Statistics, un regroupement d'entreprises du secteur, explique : "Prenons l'exemple de Huawei, qui est très fort sur les antennes-relais : pour ces dernières, il a besoin d'un jeu de puces très spécial [le FPGA] qui n'est pas fabriqué en Chine mais aux Etats-Unis par deux entreprises, Xilinx et Intel, qui contrôlent 80 % du marché mondial." ZTE et Huawei sont donc obligés de s'appuyer sur ces fabricants, notamment pour le déploiement de la 5G.
La Chine vise l'autosuffisance en électronique
Plus largement, la Chine ferait venir d'Amérique du Nord près de 95 % des composants haut de gamme qu'elle utilise dans la fabrication de ses téléphones, tablettes, ordinateurs... Et le président chinois, Xi Jinping, en a parfaitement conscience : dans le cadre de son grand plan Made in China 2025, il vise ainsi l'autosuffisance sur 70 % des composants électroniques. "Trump a également touché dans le mille en interdisant à Huawei d'utiliser Android, le système d'exploitation de Google, car le software est une grande faiblesse des fabricants chinois ", ajoute André Loesekrug-Pietri, expert en cyberdéfense.
"Face à l'imprévisibilité de Donald Trump", selon la formule d'un analyste financier français, certaines entreprises chinoises prennent désormais les devants. C'est le cas du numéro 1 mondial des drones, DJI, qui produit 70 % des modèles civils de la planète. L'entreprise, visée le mois dernier par un avertissement du département de la Sécurité intérieure américaine pour des soupçons de transferts de données, vient ainsi d'annoncer la transformation d'un de ses entrepôts de stockage de Los Angeles... en chaîne de production. Une façon de montrer patte blanche à Washington.