"En finir avec le règne de l'illusion financière", par Jacques de Larosière. Odile Jacob, 138 p., 17,90 ¤.Note de L'Express 4/5
Il existe un moyen assez imparable pour trier le bon grain de l'ivraie dans la très abondante moisson d'ouvrages sur les déséquilibres financiers qui menacent l'économie mondiale : s'enquérir de qui parle et d'où il parle...
Difficile, dès lors, de ne pas faire ressortir du lot le dernier opus de Jacques de Larosière. Son CV ? Incontestablement le plus beau de la République et l'un des plus prestigieux de la planète finance : d'abord directeur du Trésor (homme clef du ministère des Finances) sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing, il part diriger le FMI en 1978, avant de devenir gouverneur de la Banque de France en 1987, puis président de la Banque européenne de reconstruction et de développement en 1993.
Ses faits d'armes ? Personne sur cette Terre ne s'est autant battu que lui contre l'inflation : en France, après le premier choc pétrolier, en Amérique latine et en Afrique au tournant des années 1980, en Europe centrale et orientale après la chute du mur de Berlin dans les années 1990.
Fort de son expérience unique, Jacques de Larosière livre un regard sans concession sur la financiarisation de l'économie mondiale depuis trente ans, marquée par une envolée de l'endettement comme le monde n'en a jamais connu en temps de paix. Avec la complicité de banquiers centraux qui ont ouvert sans limite les vannes de l'argent facile, auquel les gouvernements ont massivement recouru pour éviter de s'attaquer avec des réformes courageuses aux problèmes qui minent nos économies : désindustrialisation, chômage, inégalités, inefficacité de la sphère publique.
La fin de l'argent magique
Face à ces lâchetés, Jacques de Larosière commence par rappeler quelques lois d'airain de l'économie : oui, il y a des limites à l'endettement. Si l'activité nouvelle rendue possible par la dette ne génère pas les ressources additionnelles qui permettent à leur tour de rembourser les emprunts, alors celle-ci créera plus de problèmes qu'elle n'en résoudra. Au premier rang desquels le terrible poison qu'est l'inflation.
Non, les taux d'intérêt nuls ne favorisent pas l'investissement, au contraire : jamais dans l'histoire une période de croissance n'a été aussi longue sans hausse des investissements productifs, de la productivité et des revenus. Non, comme le croient pourtant les banquiers centraux, la corrélation entre monnaie, robuste depuis des siècles, et inflation, n'a pas disparu.
Conclusion : tout plaide dans ce monde pour une hausse significative des taux d'intérêt. La lutte contre l'inflation, la nécessite de relancer l'investissement à long terme notamment pour financer la transition énergétique, doper la productivité, tuer les entreprises zombies, remuscler les banques et les assurances. Derniers atouts de ce livre : sa concision (moins de 150 pages) et l'abondance de graphiques et d'exergues, qui donnent encore plus de forces à la démonstration.
