Evidemment, les automobilistes qui depuis trois semaines désespèrent pour remplir leur réservoir de voiture auront du mal à y croire. Pourtant, le récent coup de force de la CGT dans les raffineries masque une centrale en déshérence. "Ils essaient de se refaire la cerise", nous souffle un ancien haut gradé du syndicat. Certes, la capacité de nuisance de la centrale dans les derniers bastions où elle pèse encore, comme l'énergie et les transports, est indéniable. Mais au fil des années, le pouvoir et le rôle de la CGT au sein du paysage syndical français se sont sérieusement étiolés.

D'abord parce que la baisse de l'emploi industriel, là où historiquement la CGT comptait le plus gros de ses bataillons, fait mal alors que le syndicat s'est révélé incapable de saisir les mutations du travail, les nouveaux métiers et les nouvelles formes de salariat. La CGT est une organisation de "vieux" : 1 adhérent sur 2 devrait partir à la retraite d'ici à 2025. Ensuite, parce que la posture du "non" à tout et tout le temps ne paye plus. Cela fait bientôt dix ans que dans la plupart des élections professionnelles, la centrale de Montreuil se fait distancer par sa grande rivale la CFDT, devenue sous l'ère Martinez le premier syndicat de France.

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Derrière la bataille pour le pouvoir d'achat, les salaires et la lutte contre l'inflation, la radicalité de la posture cégétiste s'explique surtout - et presque avant tout - par des histoires de politiques syndicales. Au niveau national, il s'agit de montrer que la CGT bouge encore alors que se profilent les élections professionnelles à la SNCF à la mi-novembre et surtout dans la fonction publique début décembre.

Luttes intestines

En interne, la course à la succession de Philippe Martinez, prévue pour le congrès du printemps prochain, est bel et bien lancée. Ce dernier, pas vraiment habitué au dialogue, a déjà choisi sa successeure, une quasi inconnue, Marie Buisson, la secrétaire générale de la Ferc-CGT (fédération de l'éducation, de la recherche et de la culture). Un profil impossible à accepter pour les fortes têtes de l'industrie et notamment celles de la fédération de la chimie (qui représente la branche du pétrole). Or le front "anti-Martinez" est en train de gagner des fédérations et des bastions jusqu'à présent plus légitimistes. Chez EDF, les cégétistes ont moyennement apprécié le rapprochement de la centrale avec Greenpeace, ouvertement antinucléaire. Affaiblie, désunie, sans boussole, la CGT n'est plus qu'un ogre de papier.