Nouveau couac pour StopCovid. L'application française de suivi des cas contacts au coronavirus ne séduit ni le grand public, ni le gouvernement. Jeudi 24 septembre, pas moins de trois ministres dont Eric Dupond-Moretti, le garde des Sceaux, Marlène Schiappa, ministre déléguée à la Citoyenneté, mais aussi Jean Castex, le chef du gouvernement, ont déclaré sur le plateau de l'émission "Vous avez la parole" ne pas l'avoir installé. "Je ne l'ai pas fait", a reconnu le locataire de Matignon hier soir sur France 2, estimant que sa fonction ne l'exposait pas aux foules : "je ne prends plus le métro".

Lancé en juin dernier, ce dispositif poussé par le gouvernement est censé aider à prévenir la diffusion de la pandémie en alertant les utilisateurs en cas de contact avec une personne porteuse du virus. Arrivée tardivement après le déconfinement, l'application n'avait été téléchargée que 2,3 millions de fois au 19 août, selon la Direction générale de la Santé (DGS). Soit par moins de 3% de la population française. Mais certains ne l'ont ensuite jamais activé et d'autres l'ont même désinstallé...

Anticor a saisi le procureur de la République

Surtout, à cette même date, elle n'avait permis de notifier que 72 contacts à risque. En septembre, Olivier Véran, le ministre de la Santé, a révélé que ce chiffre était passé à 252 cas. Un résultat bien maigre au regard des sommes investies. Car si le développement de l'application a été réalisé gratuitement par plusieurs acteurs (Orange, Dassault Systèmes, mais aussi l'institut de recherche Inria et des start-up), son hébergement et sa maintenance a ensuite été payée à Outscale, filiale de Dassault Systèmes. " Le coût varie de 200 à 300 000 euros par mois, en fonction des déclarations du gouvernement, pour une durée de trois ans et ce service n'a fait l'objet d'aucun marché public, estime Jean-Baptiste Soufron, avocat pour l'association anticorruption Anticor. Voilà pourquoi nous avons saisi la justice au mois de juin et l'affaire est toujours pendante".

Enfin, en raison des choix technologiques de ne pas dépendre de Google et d'Apple, la France a choisi une architecture dite "centralisée" des données, incompatible avec les choix de la quasi-totalité de nos voisins européens. La France a voulu développer une offre souveraine mais se retrouve ainsi bien isolée sur la scène internationale. Malgré tous ces écueils, le gouvernement refuse de parler d'échec et préfère se laisser du temps pour évaluer la pertinence de l'application et la faire évoluer. Mais quand trois ministres annoncent à la télévision ne pas l'utiliser, cette communication sonne comme l'hallali pour StopCovid.