Haro contre Apple ! Le groupe de Cupertino doit faire face, à partir de ce lundi, à un procès d'ampleur intenté par la société Epic Games connue pour son célèbre jeu Fortnite (une autre procédure est en cours contre Google). L'origine de ce différend provient du rôle central du magasin d'applications, l'App Store, passage obligé pour les développeurs afin de distribuer leurs créations sur les iPhones et iPads. Au passage, la firme de Tim Cook prélève une commission de 30% sur les téléchargements à l'acte ou les abonnements payants, ce qui constitue aujourd'hui l'axe majeur de développement. Sur le premier trimestre de cette année, l'entreprise a ainsi encaissé 16,9 milliards de dollars de chiffre d'affaires. Mais ce rôle de gatekeeper (gardien de la porte) commence à agacer Epic Games mais aussi Spotify.

Que reproche-t-on à Apple ?

Avec plus d'un milliard d'iPhones actifs dans le monde, le fabricant de smartphones dicte sa loi aux développeurs qui souhaitent proposer des jeux et autres services sur ses terminaux. Epic Games reproche à la firme américaine de ne pas laisser la possibilité aux utilisateurs le choix de télécharger les applications ailleurs que sur l'App Store tout en imposant son système de paiement. L'entreprise abuserait ainsi de sa position dominante pour imposer ses conditions. Pour avoir tenté de contrevenir à ces règles, Fortnite a été banni de la boutique en ligne l'année dernière. La juge Yvonne Gonzalez Rogers d'Oakland (Californie) va donc devoir se pencher sur ces agissements.

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Qui se plaint de cette situation ?

D'autres sociétés se sont jointes à Epic Games. Les services de musique en ligne Spotify et Deezer, celui spécialisé dans les rencontres, Match.com et d'autres encore se sont regroupés au sein de la Coalition for App Fairness afin de défendre leur position. Ils estiment que la "taxe Apple" " est particulièrement injuste lorsqu'elle est imposée sur des applications en concurrence directe avec celles vendues" par le groupe Californien. "Cela place les entreprises dans une situation de désavantage concurrentiel". La semaine passée, la commission européenne, saisie par Spotify, a rendu un avis préliminaire dans lequel elle "voit un problème dans l'obligation d'utiliser le propre mécanisme d'achat intégré d'Apple, imposée aux développeurs pour distribuer leur application de diffusion de musique en continu via l'App Store. Elle est également préoccupée par le fait que (...) certaines restrictions les empêchent d'informer les utilisateurs d'iPhones et d'iPads d'autres possibilités d'achat, moins coûteuses".

Que répond Apple ?

Le groupe souligne qu'il est toujours possible pour les éditeurs de proposer leurs services sur d'autres plateformes que ce soient sur les smartphones équipés du système d'exploitation Android de Google (qui lui aussi prélève une commission), sur les consoles de jeux (PlayStation, Xbox, Switch...) ou encore sur les PC. De ce fait, la concurrence existe. Par ailleurs, la multinationale juge qu'elle a permis à de nombreux développeurs de toucher un très large public et que le contrôle exercé sur son magasin en ligne permet de préserver la sécurité des appareils ainsi qu'un environnement performant.

... et que risque-t-il ?

En Europe, le groupe à la pomme pourrait devoir payer une amende dont le montant peut aller jusqu'à 10% de son chiffre d'affaires mondial. Surtout, en cas de défaite juridique, le pire scénario serait d'autoriser les utilisateurs à se rendre sur d'autres boutiques de téléchargement comme celles de Google (Play Store), de Huawei (AppGallery), d'Epic Games... sur tous les iPhones et iPads. Une telle sanction mettrait alors à mal la stratégie de Tim Cook de développer son entreprise dans les services. A ce titre, le procès américain sera le premier grand test pour le dirigeant.