La France confinée, ce sont des dizaines de millions de personnes en télétravail, des élèves connectés à leurs professeurs pour suivre leurs cours à distance, des téléconsultations pour limiter les déplacements chez les médecins ou dans les hôpitaux. Afin de faire fonctionner tous ces services,la société de Roubaix OVHcloud, un hébergeur de sites Internet et d'applications, n'a jamais été autant sollicitée qu'en cette période de pandémie. Le groupe fondé par la famille Klaba et dirigé par Michel Paulin héberge sur ses 380 000 serveurs répartis dans 30 centres de données (data centers) les sites Internet et applications de plus de 1,5 million de clients dans le monde. Pour le directeur général, pas question de cesser de produire ses serveurs dans ses deux usines, une en France et l'autre au Canada. Pas question non plus de mettre à l'arrêt ses data centers, sans perdre de vue la protection de ses salariés. Un défi.
Le jour où tout a basculé
"L'alerte est venue de notre filiale de Singapour, dès le mois de février, avant de frapper nos activités en Italie et en Espagne. Nous nous étions donc préparés à cette pandémie en France. Depuis une dizaine de jours déjà, le comité de direction et moi-même avons décidé de nous réunir deux fois par jour en cellule de crise à 9h du matin puis à 18h en fin de journée, afin de faire un point sur la situation. Nous avons dû placer très rapidement nos équipes en télétravail tout en faisant face à un afflux de demandes de nos clients".
La principale difficulté
"Nous devons assurer une continuité de service et même augmenter les capacités des sites Internet et des applications en ligne que nous hébergeons sur nos serveurs pour encaisser l'afflux de connexions. Nous faisons fonctionner des sites gouvernementaux dans les domaines de l'éducation ou de la santé, fortement sollicités en ce moment. Tout comme les entreprises dans les secteurs de l'énergie, de l'eau ou des transports, notre groupe fait donc partie des opérateurs d'importance vitale (OIV) dont l'activité ne doit pas s'arrêter dans l'intérêt de la Nation. Dans le même temps, je dois prendre des mesures pour protéger nos salariés. Je fais donc face à des injonctions contradictoires et je dois m'assurer que nos usines de production de serveurs continuent de tourner à plein régime avec un service client toujours accessible".
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Ma plus grosse crainte
"Je dois m'occuper de la santé de mes équipes afin qu'elles puissent travailler dans de bonnes conditions : éviter que trop de monde ne circule dans des lieux désinfectés trois fois par jour, adapter aux conditions sanitaires actuelles les modes de transports et le système de restauration. Je dois aussi être certain que nos deux usines continuent d'être approvisionnées régulièrement en composants informatiques pour permettre l'assemblage de nos serveurs. J'ai connu récemment quelques tensions avec certains de nos fournisseurs qui produisent en flux tendu".
L'impact sur le business
"Avec la hausse des besoins liés au travail à la maison, à l'enseignement à distance et à la télémédecine, nous faisons face à une forte hausse des demandes, deux à trois fois plus que d'habitude, pour augmenter les capacités des sites Internet de nos clients. Nous devons continuer de répondre à ces sollicitations. Mes équipes ont le sentiment de participer à l'effort de lutte contre la pandémie en permettant aux Samu, aux pompiers et aux hôpitaux de se concentrer sur l'essentiel sans se soucier de leurs outils numériques".
Et maintenant ?
"Il va falloir que notre organisation de travail tienne dans la durée puisque cette pandémie est loin d'être terminée. Nos ingénieurs et techniciens, dont ce n'est pas le métier, ont proposé d'aller dans nos centres de données pour prendre le relais des équipes dont la présence sur place est essentielle pour maintenir la qualité de nos prestations. J'ai donc établi une liste de "réservistes" afin de faire appel à ces bonnes volontés si cela s'avérait nécessaire dans les prochains jours ou prochaines semaines".
