Le pouvoir de l'argent supérieur à celui de la loi. La mobilisation, depuis quelques jours, de plus de 180 annonceurs - Coca-Cola, Levi's, Honda, Patagonia, Starbucks, Ford, Adidas... - a fait davantage en matière de lutte contre la cyber-haine que le président Emmanuel Macron en deux ans. Les unes après les autres, des dizaines de grandes marques ont annoncé suspendre en juillet leurs dépenses marketing sur les réseaux sociaux, tant que ces plateformes ne prendront pas les mesures nécessaires pour éviter la circulation de propos violents ou racistes.
Devant l'ampleur du phénomène et la chute du cours de Bourse de sa société, Mark Zuckerberg, le PDG de Facebook, a été obligé de réagir avec de nouvelles dispositions, notamment la diffusion d'avertissements sur des publicités politiques enfreignant ses règles. Pas certain que ce geste soit suffisant pour éteindre le feu.
Echec du monde politique, victoire de la société civile
Frapper au portefeuille est apparemment plus efficace que de longs débats dans l'hémicycle. Une leçon à méditer pour la députée LREM Laetitia Avia. Son texte destiné à combattre la haine en ligne, poussé par l'hôte de l'Elysée depuis 2018 et voté par le Parlement, a été vidé de sa substance par le Conseil constitutionnel le 18 juin. Pour les sages, le retrait sous 24 heures de tous contenus jugés offensants par les internautes est contraire à la liberté d'expression. Echec du monde politique en France. Victoire de la société civile outre-Atlantique. La campagne #StopHateForProfit ("Arrêtons de monétiser la haine"), lancée par neuf associations, a prouvé son efficacité. Pas nos députés.
