Coup de projecteur inespéré pour Signal. La messagerie cryptée américaine, née il y a une dizaine d'années, connaît ces dernières heures une accélération de son nombre d'utilisateurs, sans toutefois en préciser le nombre. Cet afflux de connexions causerait quelques ralentissements sur l'application mobile, ont indiqué ses équipes. "Les codes de vérification sont actuellement retardés chez plusieurs fournisseurs car tant de nouvelles personnes essaient de rejoindre Signal en ce moment (nous pouvons à peine enregistrer notre enthousiasme). Nous travaillons avec les transporteurs pour résoudre ce problème le plus rapidement possible. Accrochez-vous", écrivent-elles sur Twitter.
Derrière cet engouement, la patte d'un homme : Elon Musk. Jeudi, le patron de Tesla, dans un tweet lapidaire (comme à son habitude), a lâché "Use signal" (Utilisez Signal) à ses 41 millions d'abonnés. Rien de gratuit dans cette démarche. Le nouvel homme le plus riche du monde conteste, à sa manière, les nouvelles conditions d'utilisation de la célèbre messagerie WhatsApp, propriété de Facebook, forte de plus de deux milliards d'utilisateurs à travers la planète. En France, vendredi soir, Signal était donc passé en tête du classement des téléchargements des applications gratuites sur l'Apple Store... juste devant son concurrent. Elle se positionne à la cinquième place au niveau mondial, en forte progression aux Etats-Unis où elle gagne 42 places selon Sensor Tower.

Signal, en tête des téléchargements parmi les applications gratuites de l'Apple store (iOS).
© / Capture écran AppStore
WhatsApp se rapproche de Facebook
Signal peut-elle faire durablement de l'ombre à WhatsApp ? Pour l'instant, difficile d'y croire. La force de frappe de la messagerie détenue par Facebook est infiniment plus élevée que Signal, encore majoritairement utilisée par une population "technophile", plus soucieuse que la moyenne de sa vie privée sur Internet. Mais on l'a vu, la popularité de ce type d'applications - à l'instar de Telegram chez les politiques - va de pair avec les facilités avec lesquelles nos données personnelles sont aspirées par les GAFAM.
C'est la raison pour laquelle Elon Musk dit dorénavant préférer Signal à WhatsApp. La messagerie a mis au jour, jeudi, de nouvelles conditions d'utilisation avec à la clé, le partage des contacts et des informations du profil auprès de Facebook, déjà très gourmand en matière de données personnelles. Les utilisateurs qui refusent ce nouveau règlement ne pourront plus accéder à leur compte à partir du 8 février. "Si la seule façon de refuser (cette modification), c'est d'arrêter d'utiliser WhatsApp, alors le consentement est forcé et les traitements de données personnelles sont illégaux", a dénoncé auprès de l'AFP Arthur Messaud, juriste pour l'association de défense des internautes La Quadrature du net.
De son côté, Signal s'amuse de la situation, toujours sur Twitter, en relayant une infographie de Forbes plutôt à son avantage sur les différentes données collectées par les messageries les plus populaires au monde. Facile, elle n'en prélève aucune.
Des atouts pour plaire
Signal, créée par l'excentrique américain Moxie Marlinspike, dispose en effet d'atouts indéniables dans le petit univers des messageries. Son cryptage par défaut, via le protocole du même nom, open-source, est jugé comme l'un des plus sûrs au monde par une pléiade d'acteurs reconnus dans la défense de la vie privée, à l'exemple de l'Electronic Frontier Foundation. Ses concurrents, comme l'israélien Viber, s'en sont depuis inspirés. En février 2020, la Commission européenne a recommandé à son personnel l'application. Signal accueille depuis mi-octobre la fonction appel visio, toujours de manière chiffrée, gratuite, et illisible pour quiconque voudraient en extraire les données.
Auprès de l'AFP, WhatsApp a tout de même tenu à défendre son service. En particulier auprès des Européens. "WhatsApp ne partage pas les données de ses utilisateurs en Europe avec Facebook dans le but que Facebook les utilise pour améliorer ses produits ou ses publicités", a assuré un porte-parole de la messagerie.
Pas sûr que cela suffise pour enrayer la dynamique de Signal. WhatsApp devrait s'en souvenir. Celle-ci devait déjà, il y a cinq ans, son premier gain de popularité grâce à un autre tweet laconique. Celui du lanceur d'alerte Edward Snowden, disant tout simplement : "J'utilise Signal tous les jours". Ce dernier a ajouté, jeudi, une autre preuve irréfutable de son efficacité : "Et je ne suis toujours pas mort".
