La bourse aime bien l'ordre, mais pas la contrainte ni l'opacité. Or, le XXe Congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui s'est clôt le weekend dernier promet les deux. Le président Xi Jinping s'est assuré d'un troisième mandat sans le risque d'une quelconque contradiction dans sa politique en s'entourant de fidèles. Il a même envoyé un message de fermeté avec l'humiliante éviction publique de l'ancien président Hu Jintao (2003-2013). Dans la foulée, les marchés des valeurs technologiques ont marqué leur désapprobation face à ce tour de vis, avec des chutes à deux chiffres.

Les pertes sont désormais gigantesques. Par rapport aux niveaux les plus hauts enregistrés en février 2021, l'indice Golden Dragon du Nasdaq affiche -78%, avec des chutes de 80% pour Alibaba (l'Amazon chinois), 76% pour Baidu ou encore une perte de capitalisation de 72% pour Tencent. Et l'indice Hang Seng de la bourse de Hongkong a perdu la moitié de sa valeur en dix-huit mois. Les fonds de capital-risque américain comme Tiger Global ou Sequoia Capital, très exposés en Chine commencent à s'inquiéter des pertes à venir sur leurs portefeuilles.

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D'une façon générale, l'économie chinoise n'en finit pas de souffrir des effets de l'impitoyable politique anti-Covid qui pèse sur la consommation, mais qui était censée montrer ses résultats avant la grand-messe du PCC. A cela s'ajoutent des sanctions américaines de plus en plus impactantes, allant des restrictions sur les importations de microprocesseurs, à l'allongement de la liste des entreprises chinoises blacklistées en raison de leurs liens avec les militaires - dernière en date, le fabricant de drones ultra-populaires DJI qui venait juste d'annoncer son intention de construire une vaste usine en Californie.

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D'autres craquements se font entendre. Le plus sonore est l'éclatement de la bulle immobilière avec ses milliards de dollars qui partent, littéralement, en fumée à mesure que des barres d'immeubles sont détruites ; il est vrai qu'avec un taux d'inoccupation de 21% et un marché de l'accès à la propriété qui pèse pour un quart du PIB, il y a du souci à se faire. Plus discrets mais tout aussi inquiétants sont les grandes fortunes chinoises qui commencent à assurer leurs arrières en déployant des family offices à Singapour ; le nombre de ces véhicules financiers destinés à gérer les très gros patrimoines a explosé au cours de ces dernières années, avec une hausse de 75% au cours des deux dernières années.

Tout aussi inquiétant pour les économistes et les marchés, la Chine ne cesse de réduire l'accès à ses statistiques économiques, rendant encore plus difficile l'appréciation de la situation. La semaine dernière, au beau milieu du Congrès du PCC, le bureau des statistiques chinois a préféré reporter l'annonce du chiffre de la croissance pour le troisième trimestre. Celui-ci, annoncé le 24 octobre, s'inscrit finalement à 3,9% en rythme annuel, bien en-deçà des objectifs de 5,5% du Parti et encore plus loin des 18% de croissance annuelle du premier trimestre 2021.