Il aura fallu à peine six mois aux autorités chinoises pour mettre au pas ses géants du numérique. Seul un pays communiste peut prétendre à une telle performance. C'est d'ailleurs au niveau du Parti communiste chinois (PCC) que l'offensive s'est décidée. Sa genèse remonte même à 2013, année où Xi Jinping assumait la présidence chinoise : lors d'un plénum, le PCC avait conçu les premiers instruments de régulation de son secteur technologique.
Tous les arguments ont été invoqués pour recadrer la Big Tech chinoise : non-conformité aux règles d'introduction en Bourse, infraction à la législation antimonopole, ou encore menaces sur la vie privée - ce dernier point prêtant à sourire dans un pays qui a érigé la société de surveillance en système de gouvernement.
Au total, une cinquantaine de firmes technologiques ont été remises dans le droit chemin du capitalisme chinois. Des introductions en Bourse ont été annulées - dont celle de la fintech Ant Group qui devait lever 34 milliards de dollars -, des apps ont été du jour au lendemain retirées, comme celle de Didi (l'Uber chinois), et, tout récemment, des microparticipations de 1 % ont été prises par des entités gouvernementales en échange de sièges d'administrateur.
Une lourde chute des cours boursiers
La conséquence la plus douloureuse en a été l'effondrement en Bourse des Tencent, Weibo, Alibaba, Didi, ByteDance sur les marchés de New York ou de Hongkong, où elles sont cotées via des filiales offshore. En six mois, les géants de la tech chinoise ont perdu jusqu'à 40 % de leur valeur, détruisant au passage un trillion de dollars de capitalisation boursière. Il faut rappeler que sur les 160 licornes chinoises, 73 ont une valorisation supérieure à 10 milliards de dollars, et 80 sont dans ce qu'on appelle la deep tech, à savoir l'intelligence artificielle, la robotique ou la biotech - autrement dit, l'avenir.
Pour sensé qu'il soit - selon le prisme communiste -, ce recadrage ne sera pas sans conséquence pour la technologie chinoise. Si le marché intérieur est gigantesque, la plupart de ces entreprises étaient parties pour un beau parcours hors des frontières. Or, avec des investisseurs étrangers refroidis, cette expansion sera bien plus difficile à financer. Aujourd'hui, à revenus équivalents, les entreprises chinoises ne valent plus qu'un quart de leurs homologues américaines.
