Certains aveux sont lourds de sens. Dans la chaleur estivale des Rencontres Economiques qui se tenaient le week-end dernier à Aix-en-Provence, Bruno Le Maire s'est laissé aller à quelques confidences. "La maîtrise des dépenses publiques ? Oui, mais je ne crois plus aux coups de hache. Il faut changer de méthode." Changer de méthode, chiche ! Car il y a urgence.

Les statistiques sont connues : en 2021, la France se classait encore au premier rang de l'Union européenne pour le niveau de ses dépenses publiques (59,2% du PIB), devant la Grèce (56,9%) et une moyenne de 52,4 % du PIB pour l'ensemble de la zone euro, d'après les dernières statistiques d'Eurostat. La comparaison avec l'Allemagne laisse rêveur alors que les dépenses publiques sont près de 8 points de PIB inférieures de l'autre côté du Rhin. Le corollaire de cette maladie française : un poids des prélèvements obligatoires qui est aussi parmi les plus élevés des grands pays développés.

LIRE AUSSI : "Quoi qu'il en coûte" : l'ardoise de Macron et ce qu'il prépare

Alors quelle méthode pour retrouver la main ? Bruno Le Maire propose tout simplement de déléguer cette tâche au Parlement. Une idée soufflée par un député Renaissance, membre de la commission des finances, Daniel Labaronne : "Les parlementaires découvrent en général le projet de budget en commission lorsque les arbitrages sont rendus. Leur unique solution pour exister est de se lancer dans une bataille d'amendements qui congestionnent le débat législatif. Il n'y a pas assez de concertations en amont, pas assez de recherche de compromis", détaille l'élu d'Indre-et-Loire et ancien professeur d'économie à l'université de Bordeaux. Les contours du projet du locataire de Bercy sont encore flous mais une "task force" composée de députés et de sénateurs chargés de faire des propositions pourrait voir le jour. "C'est un joli coup politique car le sujet est casse-gueule pour toutes les oppositions qui se bornent au 'y'a qu'à faut qu'on'", se félicite un élu de la majorité.

Sortir du "y'a qu'à faut qu'on"

Pour l'économiste et spécialiste des Finances Publiques François Ecalle, "il s'agit surtout de mettre les Républicains en face de leurs responsabilités. Ils ne cessent de crier au loup sur la dette tout en proposant de ramener le prix de l'essence à 1,50 euro le litre en diminuant les taxes. Mais comment concrètement ce geste est-il financé ?"

LIRE AUSSI : Finances publiques : la dette a de nouveau un coût et le réveil va être brutal

Pour l'heure, difficile d'envisager un embryon de maturité parlementaire. En ce qui concerne la loi pouvoir d'achat, l'ensemble des amendements présentés par les oppositions représentent un surcoût de dépenses de l'ordre de 100 milliards d'euros... "Déléguer ces choix de politique publique au Parlement, c'est faire un constat d'échec. Cela alimente l'idée que la France n'est pas réformable", souffle un autre député Renaissance pas vraiment emballé par l'idée. Et de rappeler l'exemple suédois. Entre 1994 et 1999, et sous deux gouvernements de couleur différente, la dépense publique est passée de 67 % du PIB à 53 % seulement.

Un effort concentré sur le fonctionnement de l'Etat et sur les prestations sociales. En échange, la dépense a été réorientée vers l'éducation et la recherche dans le but d'accroître le potentiel de croissance du pays. La feuille de route est là !