Les stades du championnat de France de football vont sonner creux dans les prochaines semaines. D'abord actée pour la rencontre capitale entre le Paris Saint-Germain et le Borussia Dortmund, comptant pour les 8e de finale de la Ligue des champions mercredi, l'interdiction pour les spectateurs de garnir les tribunes va s'étendre à la Ligue 1 et ce jusqu'au 15 avril pour le moment. Ici pas de sanction pour des débordements ou des multitudes de fumigènes craqués pour célébrer un but, c'est bien l'épidémie de coronavirus qui a poussé les autorités à prendre cette décision.
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Dimanche, le ministre de la Santé Olivier Véran a en effet annoncé que les rassemblements de plus de 1000 personnes, aussi bien en milieu ouvert que confiné, étaient désormais interdits. Lundi, la ministre des Sports Roxana Maracineanu a précisé que cette mesure concernerait bien les manifestations sportives. La décision finale reviendra cependant au préfet, qui ordonnera un report ou un huis clos. Mais alors que se profile l'euro de football et que le calendrier du championnat de Ligue 1 est déjà très resserré, des reports semblent inenvisageables. Les conséquences s'avèrent ainsi variées pour les clubs.
Quel manque à gagner pour les clubs ?
Huis clos oblige, la billetterie des stades sera fermée ou au maximum 1000 tickets seront vendus pour respecter l'interdiction. Un manque à gagner important que les clubs devront prendre en compte. La rencontre entre le PSG et Dortmund aurait dû rapporter 5 millions d'euros selon Le Parisien. Une somme non négligeable pour le club de la capitale qui espère rentrer dans les clous du fair-play financier à la fin de l'année. En moyenne les recettes de billetterie ne représentent que de 11 à 12% des finances d'un club selon le cabinet Deloitte, contre 60 à 70% pour les sommes versées grâce aux droits TV. "La billetterie n'est pas la plus importante source de revenus pour les petits clubs", assure Luc Arrondel, économiste et directeur de recherche au CNRS.
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Les soirs de match, c'est aussi toute une activité qui se met en route dans un stade. Outre la billetterie, la restauration fonctionne à plein régime et les boutiques officielles des clubs voient défiler les clients. Le manque à gagner pour les clubs pourrait toutefois plus se chiffrer au niveau de la performance sportive. On ne le dira jamais assez, mais le public joue souvent le rôle du "12e homme" sur le terrain. "Si jamais le résultat venait à ne pas être positif pour le club, on serait sur un impact financier qui est beaucoup plus lourd", souligne Vincent Chaudel, fondateur de l'Observatoire du sport business.
Les audiences TV pourraient-elles être impactées ?
Un stade vide n'est pas forcément très vendeur à la télévision. Le seul intérêt serait peut-être de pouvoir entendre plus distinctement ce qu'il se passe sur un terrain. Pour l'ambiance, en revanche, il faudra repasser. "Le fait d'avoir un match sans ambiance, cela peut engendrer une audience un peu inférieure", note Christophe Lepetit, responsable des Etudes Economiques du CDES de Limoges. "Les spectateurs font partie du spectacle. Par leurs chants, leurs animations, leurs réactions, ils contribuent à faire du sport un spectacle de qualité", poursuit-il.
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Inversement, les supporters privés de match se rabattront logiquement sur la télévision. Un grand rendez-vous de Ligue des Champions rassemble en moyenne plus de 3,4 millions de téléspectateurs, la différence sera minime si jamais les personnes qui devaient assister au match se mettent devant leur poste. En revanche, pour les plus petites rencontres, l'impact est non négligeable. "Cela va jouer sur des matchs plus ordinaires qui eux font entre 200 000 ou 400 000 spectateurs", note Vincent Chaudel.
Les supporters vont-ils pouvoir se faire rembourser ?
C'est l'épineuse question à laquelle devront répondre les clubs. Pour la billetterie dite sèche, les clubs vont en théorie rembourser les places achetées avant que le huis clos ne soit annoncé. "Les clubs n'auraient pas intérêt à ne pas rembourser les billets, en terme d'image, ça serait dramatique", estime Christophe Lepetit. Pour la partie abonnement, la question reste en suspens. "Il faut savoir si l'épidémie de coronavirus est considérée comme un cas de force majeure pour les clubs de football", explique Christophe Lepetit. Dans la plupart des conditions de vente des clubs de Ligue 1, le cas de force majeure est évoqué.
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Par exemple, le Paris Saint-Germain le définit par "la survenance d'intempéries, de grèves, de changement de réglementation, de suspension de terrain, de report ou d'annulation de Match, d'une décision d'une autorité compétente" avant de préciser "en cas de survenance d'un fait visé ci-avant, le PSG décidera, à sa seule discrétion et sans obligation de sa part, s'il accorde ou non à l'Acheteur une compensation". "Cela va se jouer au cas par cas", estime Christophe Lepetit. Le club devra donc trancher. Le prix d'un abonnement varie de 420 euros l'année pour le Paris Saint Germain à 80e pour Montpellier, avec une moyenne de 182 euros. Pour la Ligue 1, il reste dix journées sur un total de 35 journées. Si les interdictions sont maintenues jusqu'au 15 avril, seules quatre journées seront concernées par le huis clos.
