Qu'y a-t-il de commun entre les barres d'immeubles des quartiers de banlieue, dans lesquels sont surreprésentées les populations immigrées, et où la police peine à faire respecter l'ordre public, et les petites agglomérations dépeuplées de la France profonde, qui ne connaissent souvent l'immigration et l'insécurité qu'à travers les journaux télévisés ? Bien plus qu'on le croit, répond Niels Planel : la paupérisation des services publics, qu'il s'agisse de l'école, de l'accès à la médecine, ou à un bureau de poste ; les obstacles quotidiens à se déplacer depuis des territoires enclavés ; la montée de l'identitarisme et du sentiment de ségrégation ; la difficulté de se former, de trouver un emploi et d'avoir une meilleure vie que ses parents. Et finalement, la perte de confiance dans la politique et la démocratie.
Selon ce spécialiste international du développement, ces deux mondes aux problématiques au fond si semblables auraient toutes les raisons de faire front commun pour défendre leurs intérêts.
Avant de nous amener à cette conclusion, et de proposer des solutions pour faire tomber les cloisons du débat politique entre paupérisation des villes et paupérisation des champs, Niels Planel nous raconte avec un effet miroir saisissant la vie quotidienne dans chacun de ces territoires qu'il a arpentés au quotidien pour y vivre, militer, et travailler, en donnant la parole à tous. Fidèle à la très efficace technique de l'hélicoptère, il sait brosser des portraits touchants et colorés au plus près du terrain puis prendre de l'altitude pour leur conférer la pertinence que légitiment les statistiques...
Réconcilier les deux France
Le voyage qu'il nous propose dans la ruralité semble moins dur en apparence que dans la banlieue, plus empreint d'ennui que de tension. Mais le sentiment d'abandon reste le même, face à l'inadaptation de beaucoup de politiques publiques, à la surdité de l'Etat et de son administration.
C'est peut-être la principale force de ce livre : raconter à la France d'en haut comment vit vraiment la France d'en bas, alors qu'elle décide souvent à sa place, et sans la côtoyer, ce qui est bon pour elle. Niels Planel en veut particulièrement à la gauche. La sociale-démocrate, leurrée par sa vision naïve de la mondialisation ; l'extrême, idéologue qui a toujours refusé de mettre les mains dans le cambouis.
Son projet, dans la droite ligne des travaux du professeur de Harvard William Julius Wilson, repose sur la construction de nouvelles coalitions agglomérant les plus précaires à travers une politique de coopération. Pour que des groupes, qui aujourd'hui ne se parlent pas, prennent conscience qu'ils ne pourront atteindre leurs objectifs sans les membres d'autres groupes. Voilà une belle pièce à verser au dossier de la reconstruction de la gauche.
"Là où périt la République" de Niels Planel , L'Aube, 230 pages, 18,90 euros
Note de L'Express 3/5
