Il s'excuse de mettre fin à la rencontre, mais il doit filer chez Gallimard qui va publier, en novembre, son nouveau recueil de poèmes Sur l'épaule de l'ange. Il y a de la fierté dans son regard, lui, le Tzigane qui n'a appris à lire et à écrire qu'à 20 ans. L'école de ce fils Bouglione fut la cage aux lions du cirque familial, avant qu'il ne s'en échappe. Dans les années 1970, il est acrobate de rue, puis joueur de luth émérite. Il touche le fond quand la mère de sa fille, une gitane espagnole, lui enlève son enfant.
"Le cirque m'a redonné goût à la vie", dit-il aujourd'hui. En 1994, il plante un chapiteau sur un terrain vague place Clichy, à Paris. Le début d'une longue errance pour le cirque Romanès qui ne s'est jamais posé longtemps au même endroit. Depuis janvier 2006, leur point de chute est à la porte de Champerret, le long d'un boulevard sans âme. Les Romanès y jouent leur nouveau spectacle, Paradis tzigane, qui n'est ni tout à fait nouveau ni vraiment un spectacle. Chez eux, il n'y a pas de numéros spectaculaires, mais une fête de famille. Dans cette tribu, ils sont une trentaine à jouer à chanter et à danser, quand ils ne tombent pas amoureux.
"Un cousin de ma femme a eu un coup de foudre et il a disparu. Il finira bien par revenir", s'amuse Romanès. Son épouse, Délia la Terrible, a fui la Roumanie de Ceausescu pour échouer dans un campement à Nanterre. C'est au nom de tous les Roms parqués au-delà du périph' qu'il se bat pour l'ouverture d'un centre culturel tsigane, à Paris. "Il y a des musiciens et des danseurs magnifiques qu'on ne voit jamais. Les programmateurs ont peur, ils nous prennent toujours pour des voleurs de poules." Il en a touché deux mots au cinéaste Tony Gatlif, au musicien Biréli Lagrène et à son ami Christophe Girard, l'adjoint à la culture de la ville. Il a aussi écrit un scénario. Une histoire de cirque et de Tziganes. Ah bon ?