A rendre des héros faillibles
Dr House, Nurse Jackie
Les séries américaines sont peuplées de personnages brillants, charismatiques, obstinés. Jack Bauer de 24 heures chrono en est l'archétype même: il sait tout faire et il peut tout faire. L'animal est surperformant et donc... Un poil prévisible. La drogue a un avantage: elle peut calmer le jeu et rendre cette ribambelle de sur-hommes faillibles. L'inénarrable Dr. House se shoote au Vicodin pour soulager d'atroces douleurs à sa jambe. Sa dépendance à l'analgésique le rend déroutant, imprévisible, dangereux même. De son côté, Jackie Payton, l'héroïne truculente de Nurse Jackie est accroc au même médicament et profite de ses pauses déjeuners pour se défoncer dans la quiétude du sous-sol de son hôpital. Nurse Jackie et Dr. House appartiennent tout deux autant au corps médical qu'à celui des patients. Faillibles et romantiques, ces personnages au talon d'Achille sont désormais dignes de compassion. Il était temps.
S'offrir un supplément rock'n roll
Californication et Skins
Il est midi. Le soleil est à son Zénith. C'est le genre de moment que peut choisir Hank Moody pour s'envoyer un rail de coke sur la capot de sa porche. Bienvenue dans Californication. Le romancier new-yorkais exilé sur la Côte Ouest compense ses pannes d'inspiration par une surconsommation d'alcool, de drogues et de parties de jambes en l'air. Ici, la cocaïne confère à Hank Moody une stature de rock star hyper virile. Et pourtant son auto-destruction est légitimée, justifiée. Le pimpant quadra cherche à travers elle son ex-femme, Karen.
De l'autre côté de l'Atlantique, les ados de Skins se défoncent lamentablement pour échapper à l'ennui et aux difficultés de la vie active qui les attendent. Ici, contrairement à Californication, les créateurs Jamie Brittain et Bryan Elsley montrent l'envers du décors : l'isolement, les descentes abominables et les troubles de la personnalité qui lui sont directement imputables. Mais la série britannique insiste sur un point : cette consommation excessive est générationnelle, unique. Et en ce sens son pouvoir d'attraction est immense.
A maintenir la paix sociale
The Wire, The Shield
Plus subversif encore : son rôle dans les polars. La drogue est ici présentée comme la clef de voute du maintien de l'ordre. Dans la série de David Simon, The Wire, c'est l'héroïne qui structure l'économie des quartiers défavorisés. Dans l'épisode Hamsterdam, un commissaire légalise de sa propre initiative la vente de stupéfiants dans un quartier pauvre. L'opération est un succès mais inacceptable aux yeux des pouvoirs publics. La drogue participe à la hiérarchie sociale. Et McNulty, Freamon, Bunk et tous les autres flics le savent, c'est pour cette raison qu'elle ne sera jamais éradiquée à Baltimore. Mieux vaut composer avec elle. The Shield met en scène des flics corrompus qui se comportent à maints égards comme les truands qu'ils pourchassent. Ici elle devient une monnaie d'échange et donne aux flics et truands une excellente raison de ne pas s'entre-tuer. Dans ces deux polars, la drogue permet d'éviter la guerre civile.
A créer des destins extraordinaires
Breaking Bad, Weeds
Une ville morne, ennuyeuse ? Une carrière professionnelle sans perspective d'avenir ? Un manque d'ambition patent ? La drogue est une solution. Dans Breaking Bad, Walter White, un prof de chimie en fin de parcours dans un lycée de seconde zone à Albuquerque, a trouvé dans la confection et le deal de méthamphétamine sa planche de salut. Le quinquagénaire aux paupières lourdes est littéralement métamorphosé au contact de sa Blue Sky : son cancer des poumons est en rémission, sa cave pleine de fric, son nom respecté et craint. Idem pour Nancy Botwin, l'héroïne de Weeds, la veuve esseulée s'impose dans sa petite ville de banlieue comme une femme d'affaire débrouillarde et ambitieuse. Le trafic d'herbe la rend indépendante et séduisante. La drogue joue ici le rôle de révélateur. A son contact, les personnages normaux et médiocres, s'imposent, s'épanouissent et se surpassent.
