C'est la fin d'une époque. Pire - n'ayons pas peur des mots -, la fin d'un monde. La nouvelle est officielle : le jeu télévisé Motus disparaîtra de l'antenne de France 2 à la rentrée. Thierry Beccaro, qui animait pieusement le programme depuis sa première diffusion, le 25 juin 1990, a choisi de raccrocher les gants, évoquant "une petite lassitude". Dans la foulée, la direction de France Télévisions en a profité pour couper le signal de l'émission. La raison évoquée : l'éternel rajeunissement des audiences. Logique.

Quand même, n'était-il pas possible de moderniser Motus ? Trois pistes de réflexion :

1. Proposer aux candidats de trouver des mots plus courts à deviner, en réduisant le nombre de lettres de sept à trois. Malheureusement, il n'existe que 621 mots de trois lettres. Motus ne tiendrait alors pas plus d'un an ;

2. Changer le décor, en remplaçant les pupitres criards par un mobilier tendance de type scandinave. Hélas, les fidèles téléspectateurs, dont la moyenne d'âge est plus que vénérable, risqueraient de ne plus distinguer l'équipe bleue de l'équipe jaune ;

3. Demander aux participants de hurler les mots au lieu de les épeler calmement. Encore raté, le pauvre Beccaro risquerait de faire un burn-out avant l'automne.

L'évidence s'impose : la formule de Motus est parfaite, donc irréformable, à l'instar de Thierry Beccaro qui est irremplaçable.

Pour les préados scotchés devant leur téléviseur un jour de pluie ou pour les personnes âgées en maison de retraite, l'émission est déjà l'une des plus belles madeleines de Proust du petit écran. Il ne reste plus qu'à se répéter comme un mantra : "Motus et bouche cousue." I. H.-L.