L'encre n'a pas cessé de couler depuis le silence radio de Renaud. Son absence a été commentée dans les "gazettes", sur les pages Internet, dans les dîners en ville et les bals de campings. Compils (La bande à Renaud), documentaire, livre, sont revenus sur sa vie, son oeuvre. Comment vont Renaud, ce grand fils tendre et rebelle de la chanson française, et Renard, son démon intérieur qui le tire en arrière?

Toujours debout, premier extrait de ce premier album de chansons originales depuis Rouge Sang (2006), donne de ses nouvelles, à ses amis, à ses fidèles, aux "fossoyeurs". "Dites à ces trous du cul que je continue de chanter", annonce Renaud, sans fleurs. Son regard plein d'éclairs ciblent paparazzis, "chasseurs de primes", mercenaires des gazettes. Renaud en parle avec des mots qui portent la trace des coups reçus.

"Il retrouve son alphabet des grandes années"

Les paroles coulées sur des rythmes familiers du répertoire tatatsin du chanteur, cognent, mordent, taclent, broient et crachent... La voix porte, et porte loin, même si elle n'a plus la rage claire des débuts. Elle est brute et directe, comme un uppercut. Les yeux lavandes, caressés par les oliviers du Vaucluse où il vit, regardent le cirque du monde, la ronde incessante des rumeurs, d'une presse qui le traque et le veut à terre. Sa colère rappelle, Presse qui roule "(me casse les c...)", le célèbre coup de gueule (1990) de Florent Pagny contre les photographes qui le traquaient avec Vanessa Paradis.

La deuxième chanson de Renaud Ta Batterie, déjà présente sur l'album de Grand Corps Malade, et dédiée à son fils Malone, était un retour sensible, fragile et hésitant. En quelques mois, Renaud a donc ressaisi sa voix, trouver des thèmes et retrouver son alphabet personnel des grandes années. Les autres morceaux de l'album prévu en avril parleront des attentats de Paris: J'ai embrassé un flic, Hypercasher... Renaud retapé, "remis sur les guiboles", revient sans faire de retape. Blessé et vrai.

https://www.youtube.com/watch?v=GKyGKz1hy9k