En conflit financier avec sa maison de disques pendant sept ans - elle lui demandait des chansons pour les radios, lui, jouant au plus malin, proposait un album avec des pistes durant trente secondes, minimum contractuel -, Stephan Eicher, 59 ans, a dû ronger son frein depuis la sortie de L'Envolée (2012). L'affaire réglée, il lâche les chevaux. En février, il a publié une oeuvre festive avec la fanfare balkanique du Traktorkestar autour de reprises de ses propres titres (Hüh !). Cet automne, il renoue avec une veine folk et intimiste, entre doux dépouillement et arrangements élégants, pour 14 morceaux inédits regroupés sous l'intitulé Homeless Songs.

LIRE AUSSI >> Stephan Eicher revisite sa carrière

Bien que certaines de ces "chansons sans abri" semblent directement inspirées par ses déconvenues avec l'industrie musicale et notamment l'ex-dirigeant de sa compagnie de disques - Si tu veux (que je chante) ; Monsieur - je ne sais pas trop -, Stephan Eicher a la noblesse de ne pas régler ses comptes en public et, animé par un esprit de concorde au bénéfice de l'auditeur, ouvre une parenthèse enchantée qui permet d'échapper pendant trente-neuf minutes au tumulte du monde. Avec son allure de d'Artagnan blessé - souffrant de douleurs dorsales, il se déplace avec une canne -, l'orfèvre suisse défend sa liberté chèrement gagnée. Broken avec ses quarante-trois secondes, les inserts de poésie de Carl Albert Loosli en patois ne trouveront jamais le chemin des ondes. Peu importe. Les morceaux, délicats, portés par une guitare acoustique, un piano ou des cordes raffinées, se moquent des territoires, des langues et des époques. En français, en anglais ou en suisse allemand, Eicher dessine avec la complicité fidèle de l'écrivain-parolier Philippe Djian des airs magnifiques et intemporels. Un sublime moment de détente après une guerre froide.

La note de L'Express : 18/20

Homeless Songs (Polydor/Universal). Les 18, 19 et 20 novembre à l'Opéra-Comique, Paris (IIe). Et en tournée.

Homeless Songs, de Stephan Eicher

Homeless Songs, de Stephan Eicher

© / (SDP)