Elle possède le velours de Sam Cooke, la férocité de James Brown, la flamme de Tina Turner et le coffre d'Aretha Franklin. Et pourtant, malgré toutes ses qualités, Sharon Jones, 54 ans, vient seulement de publier son... quatrième album. Cette New-Yorkaise d'adoption a "appris à ses dépens" - traduction du titre de ce CD, I Learned the Hard Way - la dure réalité des maisons de disques. "Elles estimaient que j'avais la peau trop sombre, que j'étais trop grosse, trop petite ou trop vieille, raconte-t-elle. Mais je savais qu'un jour les gens m'accepteraient. Il fallait juste que j'attende mon heure."

Sharon Jones n'a manqué ni de patience ni de courage. Pour gagner sa vie, elle a été gardienne de prison à Rikers Island, puis convoyeuse de fonds pour la Wells Fargo. "C'était bien payé. Je portais un .38. J'étais une bonne tireuse", dit-elle en souriant. Cette native d'Augusta (Géorgie) - un autre point commun avec James Brown - fait finalement mouche en 1996. Gabriel Roth, jeune producteur de soul vintage, cherche trois choristes. Au culot, elle lui annonce qu'il peut en virer deux : "Je peux faire les trois voix moi-même. Tu feras des économies et je gagnerai plus !" Le fondateur du label Daptone Records a trouvé la perle rare : adossée aux Dap Kings, le groupe maison - le son d'Amy Winehouse, c'est eux ! - Sharon Jones se transforme en véritable machine de guerre soul-funk !


Aujourd'hui courtisée par Lou Reed, David Byrne et même Denzel Washington, Sharon Jones garde les pieds sur terre. Elle vit toujours dans un quartier pauvre du Queens, avec sa mère, malade. La chanson qui l'aide tous les jours ? "Say It Loud-I'm Black and I'm Proud [Dis-le haut et fort - je suis noir et j'en suis fier], de James Brown." Comme une évidence.