Milord l'Arsouille
A l'heure où le style «rive gau-che» triom-phe, Gainsbourg ne trouve rien de mieux que de se faire engager comme pianiste d'ambiance dans ce petit cabaret de la rue de Beaujolais, à deux pas du Palais-Royal. A l'époque, ce dandy est plus milord qu'arsouille. C'est dans cet établissement, jadis fréquenté par Danton (puis par François Mitterrand) et qui doit son nom à un fantasque Anglais, lord Seymour, que Serge verra un soir le fiévreux Boris Vian sur scène. Le déclic. «Je peux faire quelque chose dans cet art mineur», pense-t-il aussitôt. Heureux hasard, c'est là qu'il rencontre également Michèle Arnaud, première interprète à lui «prendre» des chansons (Ronsard 58, Douze Belles dans la peau?). Sa carrière est lancée.
La rue de Verneuil
Achetée au temps de l'aventure B. B. - qui est présente lors de la première visite avec l'agent immobilier - la petite maison du 5 bis, rue de Verneuil, va surtout abriter son bonheur avec Jane, Kate et Charlotte. C'est une décoratrice connue de Saint-Germain-des-Prés, Andrée Higgins, qui va se charger de l'aménager - avec des murs noirs - sur les indications maniaques de Gainsbourg. Le chanteur dessine notamment le plan de la salle de bains avec cette «statue noir et or portant flambeau», qui semble préfigurer ces vers de Melody Nelson: «Dans les colonnes du lit style rococo/ Sont des nègres portant des flambeaux». La mythique maison de la rue de Verneuil pourrait bien être transformée en musée, un jour.
La Cité internationale des arts
Son «gourbi universitaire»: voilà comment Bardot décrit le studio de 23 mètres carrés où vit Gainsbourg (avec un gigantesque piano à queue) lorsqu'elle le rencontre au milieu des années 1960. Il habite au cinquième étage de cette résidence réservée aux peintres et aux musiciens, proche de l'Hôtel de Ville, avec vue sur Notre-Dame. Une adresse paisible bientôt troublée par les paparazzis qui traquent les furtives apparitions de B. B. C'est à cette époque qu'elle enregistre avec Gainsbourg la version torride de Je t'aime, moi non plus. Et c'est de sa petite chambre de la Cité internationale des arts que Serge, la mort dans l'âme, envoie la lettre demandant à Philips de ne pas sortir ce titre, pour éviter le scandale...
Métro Porte-des-Lilas
L'histoire retiendra que c'est un esthète aimant rouler en Rolls qui chanta le mieux le métro parisien. Le Poinçonneur des Lilas, enregistré en 1958, révèle Gainsbourg au public. Pourquoi le métro? «Un jour, je demande à un poinçonneur: "Monsieur, quels sont vos espoirs après une journée de boulot? - Voir le ciel..."» Et Gainsbourg se met à broder sur les «p'tits trous», le «soleil sous la terre» et ce «ciel de faïence»...
Hôtel Raphaël
A la fin de sa vie, lorsqu'il a besoin de calme pour créer, Gainsbourg s'installe dans une suite de ce palace proche de l'Etoile. Il y habite avec sa fille pendant le tournage de Charlotte for Ever et s'y repose après une opération chirurgicale, en 1989. «Avec interdiction aux barmen et à tous les étages de me servir des boissons alcoolisées», précise-t-il à son biographe Gilles Verlant (Gainsbourg, Albin Michel). Il adore écrire sur le papier à en-tête classieux de l'hôtel. Sur l'un des agendas dans lesquels il recopie ses blagues préférées, il note, avec son légendaire sens de la provocation: «Chercher meilleures histoires crades, les inscrire sur papier Raphaël...»
Le Palace
Après quinze ans d'absence sur scène, c'est dans le temple des branchés qu'il fait son grand come-back, à la fin de 1979, en plein scandale Aux armes et cætera. Le soir de la première, on croise Louis Aragon, Karl Lagerfeld, Yves Mourousi, Rudolf Noureev... Sur fond de reggae, il alterne vieux hits (Harley-Davidson...) et succès du moment (Des laids des laids...). Dans un texte méconnu (1), écrit pour une publicité pour la liqueur Tia Maria, il notait à propos du Palace: «Jeunes cadres, chanteurs, mannequins, vendeuses, acteurs, new wave de bonne famille; c'est Paris modèle réduit et c'est ça qu'est bien. Le Palace, c'est la nuit cinoche.»