Ce sont les Américains, les Stooges et les New York Dolls en tête, qui allument, les premiers, la mèche punk au début des années 1970. Les Ramones, en 1976, prennent la balle au bond, transformant un club du bas de Manhattan, le CBGB's, en camp retranché de la rébellion. Les Anglais suivent, avec Johnny Rotten et ses Sex Pistols, leurs textes provocateurs (Anarchy in the UK) et leur look de chats de gouttière. Le vrai choc est à venir avec les Clash, les bien nommés, qui balancent des chansons tendues et denses.White Riot, tout premier single du groupe, sorti il y a trente ans, en 1977, est l'hymne qui va établir sa signature. Précédée de sirènes de police, clamée en ch?ur, la voix éraillée de Joe Strummer, le leader, chanteur et guitariste, au premier plan, la chanson file en moins de deux minutes et s'achève sur un accord plaqué. Explications.

White Riot s'inspire des violentes émeutes de l'été 1976 qui ont opposé Antillais et policiers lors du traditionnel carnaval de Notting Hill. Joe Strummer, le manager Bernie Rhodes et le bassiste Paul Simonon ont plongé dans la bagarre et fait le coup de poing. Pourtant, White Riot va d'abord être pris à contresens, comme s'il s'agissait du cri de haine de jeunes nationalistes du white power. Le malentendu va s'installer, perfidement entretenu par une part de la presse bien-pensante. A l'époque, le National Front parle haut et fort et les punks sont assimilés aux néonazis. Faux procès: un an plus tard, les Clash joueront pour la Ligue antinazie, puis à un concert Rock Against Racism.

Il faut se rappeler le contexte social, tendu, les chiffres du chômage, affolants, l'aide sociale, qui diminuait. Avant même Margaret Thatcher et son plan d'austérité, le Labour verrouille. Mais, alors que le reste de la mouvance punk s'en tient à un No future suicidaire, les Clash, eux, prennent une posture de gauchistes radicaux. Leur sabordage définitif, en 1985, ne surprendra pas, de la part d'un groupe qui s'était donné pour maxime «No Elvis, no Beatles, no Stones».

Que reste-t-il des Clash et de leur White Riot dans l'Angleterre d'aujourd'hui? Curieusement, l'héritage est musical. Eux-mêmes exposés à toutes les influences, Joe Strummer (mort en 2002) et ses compagnons ont métissé le rock de ska, de dub et d'autres musiques, ouvrant la voie à de nombreux descendants. L'onde de choc résonne toujours.