L'Express publie des extraits exclusifs de l'autobiographie de Johnny Hallyday. Dans mes yeux sera en librairie le 7 février.
Eddy, Charles, Cloclo... Salut les copains ou pas
Dans la vie de Johnny, les chanteurs ont une grande importance : amis ou rivaux, aînés érigés en modèles ou jeunots inspirateurs de sa carrière, ils forment une tribu - la sienne. Cela n'empêche pas les coups de crocs.
"Mon plus vieux copain c'est Eddy. On s'est rencontrés quand j'avais 14 ans et demi et lui 15 ans. Il faisait partie de la bande des grands ! A l'époque, six mois, c'était une grande différence d'âge ! On se croisait aux surboums. On était fans de rock tous les deux. Indirectement, c'est ça qui nous a réunis. Un jour, on s'est battus comme des fous parce que je lui avais piqué des vinyles à une surprise-partie. Une bonne bagarre, ça crée des liens. [...] On s'asseyait sur mon petit lit, dans ma chambre. [...] Eddy s'affalait et on fredonnait des chansons. "Jean-Philippe ! gueulait ma tante. Jean-Philippe ! Ne lui fais pas écouter tes disques, il va vouloir devenir chanteur et te piquer ton travail!"
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J'ai eu de nombreux pères d'adoption, dans ma vie, et je les ai plutôt bien choisis. [...] Aznavour a été un de ceux-là. J'ai vécu chez lui pendant deux ans. J'avais 16 ans et demi. C'est lui qui a écrit mon premier gros tube, quelques années après : Retiens la nuit. Il se moquait de cette légende comme quoi j'avais un père américain. Je pense que Charles aurait voulu être mon père et, moi, j'aurais adoré être son fils. J'avais toujours ma place à sa table, juste à côté de lui. Son regard sur moi m'a porté. Charles me tannait pour que j'aille signer chez Barclay. Brel, Eddie Barclay et Aznavour se sont un jour réunis tous les trois pour me faire signer mon contrat...
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Quand je suis arrivé avec ma guitare, soudain la salle [NDLR : l'Alhambra, en 1960] a été clairement divisée en deux, pour ou contre moi. En haut, ils se déhanchaient et hurlaient, en bas, ils chuchotaient, certains riaient, d'autres tapaient poliment des mains. On se disait outré. Salvador, qui, disons-le franchement, était un vieux con, a crié : "Sortez-le ! Il est indigne de la chanson française !" Michel Polnareff m'a raconté bien plus tard qu'il était dans la salle avec ses parents et qu'ils lui avaient flanqué une baffe pour avoir dit préférer la première partie au reste du spectacle. J'étais devenu le mec qui incarnait le conflit de générations.
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Un soir, j'étais dans une boîte, le Marquise, et je dînais avec Otis Redding. Il y avait une salle de restaurant et puis une autre à la suite, comme un petit club où jouaient des inconnus. J'entendais une musique qui arrivait jusqu'à moi. J'étais hypnotisé, scotché. [...] Il y avait un mec seul qui jouait. La salle était presque vide. Devant la scène, j'ai reconnu le bassiste des Animals. Il m'a désigné l'espèce de guépard génial sur scène et il m'a dit : "Je suis son manager. Il s'appelle Jimi Hendrix." Je l'ai engagé tout de suite pour ma tournée, qui durait quatre mois. C'était le mec le plus gentil du monde. Quand on est rentrés, il ne savait pas où dormir, alors je l'ai invité chez moi, à Neuilly. Jimi ne ramenait jamais de nana. Il dormait avec sa guitare. Un jour je lui ai dit que c'était un malade et il m'a répondu : "J'ai peur qu'elle prenne froid", et il a serré plus fort sa gratte.
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J'ai connu mes musiciens à New York. [...] Au même moment, Lee [NDLR : Halliday, son père adoptif] a entendu des types incroyables. A l'époque, ces mecs jouaient au Star-Club de Hambourg et ils étaient venus en voiture de Londres pour passer une audition. Lee m'a dit qu'il avait trouvé les musiciens qu'il me fallait, mais c'était trop tard. Un jour trop tard. Et ce jour a changé la face de la musique, puisque ces cinq types, c'était les Beatles.
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Cloclo, par exemple, à quoi aurait-il ressemblé aujourd'hui ? Je pense que c'est son drame qui en a fait un mythe. Claude François, c'était un vrai travailleur. Il bossait dix fois plus que moi. Mais il n'arrivait jamais à faire ce que je faisais. Ça le rendait fou. Jaloux. Il draguait mes nanas et, en désespoir de cause, il se tapait mes ex. C'était le circuit, tu savais que si tu sortais avec moi, tu pouvais ensuite te faire Cloclo. Parfois pour draguer je disais en me marrant : "Il te plaît, Claude François ? Tu veux sortir avec lui ? Alors viens sur mes genoux !" Ou quand je plaquais une fille je lui disais de se consoler, que bientôt elle serait avec Cloclo.
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C'est à cette période qu'avec Michel Sardou on a décidé de descendre les rapides du Colorado ensemble. [...] Sardou, c'est un mec assez trouillard. Il avait une phobie en particulier : les serpents. [...] Tous les soirs, autour de son sac de couchage, il s'encerclait de canettes, de bouteilles de bière et de conserves. Assez pour que le moindre serpent ou animal qui passe tape dedans et que le bruit le réveille... [...] Dès que Michel s'endormait, on balançait des cailloux sur ses bouteilles et on faisait mine de dormir. "Vous avez entendu, là ? Johnny, t'as entendu ?" [...] Je pense qu'on subit tous l'image qu'on véhicule, un jour, elle se mêle si intimement à notre vérité qu'on ne peut plus les séparer. Je pense que ça a été le cas pour Sardou, à force de passer pour un vieux con réac, il l'est devenu. Il aimait faire la fête. Et puis, c'est bizarre, c'est comme s'il avait changé de caractère. Je dis tout ça pour une raison bien précise. On s'est fâchés il y a quelques années parce qu'il a fait une vanne sur scène. Il a dit en parlant de Jade : "Johnny avec sa Viêt-cong", et je ne lui ai plus dit bonjour.
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Mon fils David, par exemple, est un grand artiste. Il a du talent. Mais le problème de David, c'est ceux qu'il n'a pas eus. Il a été heureux. Moi, j'avais envie, j'avais faim. On peut pas être élevé dans le confort et avoir la rage au ventre. [...] Je ne crois pas aux fils à papa qui réussissent. Il faut en avoir bavé. Il faut comprendre les gens. Alors, David ne sait pas vraiment quoi faire de son talent."
