«Serge soutenait que seuls les mots l'inspiraient. J'ai du mal à le croire. Il y avait un tel sentiment enfoui, un sentiment déclencheur. Je me sentais privilégiée d'être le porte-parole de ses états d'âme, comme lorsque Ingmar Bergman vous choisit comme interprète. A partir de Baby Alone in Babylone, j'ai compris que je chantais à sa place ses blessures à vif, ses désillusions, ses manques. Il ne faisait même plus l'effort d'écrire au féminin. Les Dessous chics, c'est lui. Idem pour Con c'est con ces conséquences, un texte que j'ai fait encadrer. Notre dernier album ensemble, Amours des feintes, est un disque triste, profondément triste, sur la résignation, la solitude, la nostalgie. Serge y dit que, de toute façon, les histoires d'amour finissent mal, que la réalité ce sont les corps refroidis. Je l'ai beaucoup tracassé avec le texte d'Asphalte, car je ne voulais pas de cette histoire de pute sur l'autoroute, de rimes telles que "pure malt", "cobalt". Serge l'a transformé en quelque chose de plus psychédélique. Longtemps après, quand j'ai retrouvé l'original, je n'étais plus sûre d'avoir raison? En studio, il me tendait les textes juste avant d'enregistrer et je les décryptais phonétiquement. J'avais trop peur de demander des explications? enfin? pas peur, tellement il était content et ému que je chante ses paroles, mais la découverte et l'interprétation allaient tellement vite? C'était un metteur en scène passionnel et secret dont je découvre encore aujourd'hui des portes cachées.»