Il n'avait plus donné d'interview depuis trois ans, mais le dernier film de son ami Jim Jarmusch, qui fait l'ouverture du festival de Cannes et où il côtoie Adam Driver, Bill Murray, Tilda Swinton, Iggy Pop, Steve Buscemi ou Danny Glover, l'a fait sortir du bois : il a convié Igor Hansen-Love dans son antre des alentours de San Francisco et l'a gardé autour de la table du kebab, où il déjeune le midi, pendant plus d'une heure et demie. Tom Waits a l'air d'un ours, il en a les manières aussi, mais, assure Igor Hansen-Love, derrière la gueule cassée, les rides et la voix en papier de verre, bat le coeur d'un grand sensible. S'il le dit, ça doit être vrai.
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Les questions que nous avons posées à Igor Hansen-Love
Tom Waits, c'est une voix, une voix râpée au bourbon et au blues, reconnaissable entre toutes, posée, quand il chante, sur une musique et des textes tout aussi abrasifs. Mais Tom Waits, c'est aussi devenu une gueule quand les réalisateurs de cinéma s'y sont intéressés, et pas les moins passionnants, excusez du peu : Francis Ford Coppola, Robert Altman, les frères Coen, Terry Gilliam, notamment, et puis, avant tous les autres et plus que tout, Jim Jarmusch, qui l'a d'abord fait tourner dans le mythique Down by law, ce qui en soi pourrait lui valoir une médaille. Jarmush dont l'univers déglingué et musical s'accorde parfaitement avec la dégaine de clochard céleste de celui qui est devenu l'un de ses acteurs fétiches. C'est son dernier film, The dead don't die, qui fait l'ouverture du festival de Cannes, et Tom Waits en est, évidemment, de cette extravagante histoire de zombies. Igor Hansen Love l'a rencontré, pour sa première interview depuis un paquet d'années. Bonjour Igor. Qu'est-ce qui t'a valu ce privilège ?
- Tu l'as rencontré où ?
- Il ne donne pas beaucoup d'interviews, et là, c'est à propos de cinéma, quoi n'est pas son activité principale. Pourquoi sur un film et pas sur un album ?
- Tu l'as eu longtemps, une heure et demie, ce qui est rare dans le milieu du cinéma, où les acteurs sont d'habitude minutés comme des coucous suisses...
L'animal est assez impressionnant, tel que tu le décris. En fait, il ne ressemble pas tant que ça au personnage qu'il s'est fabriqué. Tu parles d'un type sensible, timide et vulnérable...
- En même temps, quand tu lui demandes s'il est dingo, il te répond que oui...
- C'est peut-être son look qui veut ça, mais Tom Waits est cantonné au rôle de "marginaux", comme tu l'écris. Ca le gêne ?
- C'est quoi son rapport au cinéma : il fait ça en dilettante ou il prend ses rôles très au sérieux ?
Vous avez essentiellement parlé de cinéma. La musique, ça reste bien son métier, rassure-moi...
- Il a chanté, d'ailleurs, pendant l'interview. Pour te dire quoi ?
- Qu'est-ce qui l'attire au cinéma ? Les metteurs en scène, les histoires, les personnages ?
Il joue dans le dernier Jarmush, The dead don't die. Tu l'as vu, ça vaut quoi ?
- C'est un film de genre, un film de zombies. Ce n'est pas dans ses habitudes, ça, à Jarmush ?
- Il est en compétition à Cannes, je crois. Tu en ferais un favori pour la palme ?
