Comme Jean-Luc Godard pour le cinéma, Serge Gainsbourg a provoqué une véritable révolution dans la chanson. Quand il m'a parlé de la comédie musicale Anna, j'ai sauté de joie. Serge était très classe avec ses costumes à rayures, très timide, très tendre et très moderne. On répétait dans son studio, Cité des arts, et c'était travail, travail, travail... Sous le soleil exactement était très dur à chanter, avec ses mots découpés et ses rimes en rejet. Après les séances, il me faisait porter des fleurs, un briquet en or massif, des liqueurs. Serge pensait que Boomerang, le titre de Brialy, allait cartonner. En fait, ça a été Sous le soleil...: tout Paris le chantait. En 1972, je lui ai demandé une chanson pour mon premier long-métrage, Vivre ensemble. Il m'a longtemps fait attendre et m'a enfin donné, à trois jours du mixage, une chanson qui existait déjà, l'une de ses plus belles, La Noyée: "Tu t'en vas à la dérive/ Sur la rivière du souvenir..." Mais il y a eu des problèmes de droits, et ma version est restée inédite jusqu'en 2001. Parfois, quand je la chante sur scène, j'ai du mal à retenir mes larmes.