Le titre de votre troisième album, Tango 3.0, renvoie aux dernières évolutions du Web. Pourquoi ce titre ? Quel a été votre parti pris sur cet album ?

Eduardo Makaroff. Ce titre symbolise la collision entre l'ancien et le moderne, le tango qui a un siècle d'histoire et le Web 3.O qui commence tout juste la sienne. Notre parti pris reste le même qu'au départ, celui d'une expérimentation autour du tango et de la musique électronique.

Philippe Cohen-Solal. Après notre deuxième album, Lunatico, assez classique, on souhaitait se donner plus de libertés, être dans une démarche plus ludique. Sur Tango 3.0, on voulait aller plus loin en convoquant de nouvelles influences. On fait se télescoper des sonorités tango avec des références au blues de la Nouvelle-Orléans, au jazz éthiopien et à la techno minimale allemande.

Christoph H. Müller. En commençant cet album, on ne savait pas vraiment vers quoi on allait. Chaque morceau a été une sorte de petit laboratoire. Dans la composition, on est très attentif aux accidents, au jeu du hasard. Mais, on essaye surtout de faire une musique qu'on n'a pas entendu ailleurs.

On parle souvent de dimension cinématographique au sujet de votre travail. Quelle place occupent le 7e art et les différents champs de la création dans votre musique ?

CH.M. Une place importante. Le cinéma de David Lynch, par exemple, a beaucoup inspiré cet album. Ses films dégagent une atmosphère étrange, dérangée, introspective, une ambiance qui imprègne également notre univers musical.

P.C-S. Nous sommes très sensibles à l'art de la première moitié du XXe siècle. Les dadaïstes et les surréalistes entretenaient un goût prononcé pour le hasard et l'expérimental. La peinture abstraite, avec des artistes comme Kandinsky et Malevitch, trouve également un écho important avec la musique électronique.

E.M. Sur l'album, on rend hommage à l'écrivain argentin Julio Cortázar et son livre le plus surréaliste, La Marelle, La Ruleya en espagnol. Il habitait au 7e étage du bâtiment qui se trouve en face de notre studio à Paris. Il y a vécu jusqu'à la fin de sa vie en 1984. C'est un peu notre "voisin cosmique".

Un mot sur la pochette de Tango 3.0... plutôt érotique ?

CH.M. La pochette a été réalisée par Prisca Lobjoy, une artiste vidéaste avec laquelle on travaille depuis 10 ans. Elle s'occupe également de la partie visuelle de nos concerts. Pour cet album, on voulait parler de l'érotisme et de la sexualité liée au Tango. Au départ on avait envie de quelque chose de quasiment pornographique. Finalement ça ne s'est pas fait (rires, ndlr).

P.C-S.On voulait un visuel qui rompt avec les clichés du tango et de la musique électronique sans s'éloigner pour autant de notre univers.

E.M.Buenos Aires est une ville érotique (rires, ndlr). Il y une atmosphère extrêmement sensuelle dans l'air et les filles te regardent d'une façon très différente qu'en Europe.