L'Académie suédoise des Nobel a attribué à Bob Dylan son prix Nobel de littérature, "pour avoir créé, dans le cadre de la grande tradition de la musique américaine, de nouveaux modes d'expression poétique." C'est la première fois qu'un chanteur reçoit cette récompense qui couronne traditionnellement une carrière d'écrivain. Et pour certains, c'est une incongruité. L'avis d'Hugues Aufray, qui a adapté ses textes en France dans les années 60.
Un chanteur prix Nobel de littérature, c'est n'importe quoi?
Les gens ne comprennent pas que "Les temps ont changé", comme le dit justement la chanson de Dylan. Les relations entre les êtres humains, les relations sexuelles, même la guerre. Tout a changé. Cette grande académie des Nobel, bourgeoise, classique, a changé elle aussi. Elle s'ouvre à d'autres formes d'expression artistique. Bob Dylan est un artiste, un poète, un écrivain également. Il n'a pas ce prix parce qu'il est déjà célèbre, il le mérite vraiment. Ce qui m'étonne, c'est que cela étonne des gens.
Pourquoi est-il un aussi grand poète?
J'ai découvert Bob Dylan avant beaucoup de monde, en 1961. Il y a des gens qui viennent sur Terre avec un don et qui en sont conscients. C'était son cas. Sa façon de chanter était totalement nouvelle, avec cette voix éraillée, des accords très simples à la guitare. Ces textes qui font surgir des images. La poésie, par principe, c'est indéfinissable. La poésie chantée, c'est un tout dans lequel le physique aussi joue sa part. Au début le public le trouvait inaudible, mais il s'est imposé.
Comptez-vous le féliciter?
Non. Je suis très orgueilleux, je serais très fâché que mon message passe inaperçu au milieu d'un tsunami de félicitations. Mais je lui rends hommage dans la tournée que je fais actuellement en France.
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