David Lynch n'a pas fini de nous étonner. Avec la sortie prochaine d'un album, il prouve une fois de plus qu'il est un artiste complet. Réalisateur, acteur, peintre, artiste visuel, producteur, designer de mobilier à l'occasion, reporter météo pour son propre site internet, l'Américain possède même sa marque de café. Dans une interview accordée au site Stereogum, David Lynch évoque la sortie prochaine d'un album solo. Un "processus naturel" mais "non planifié", selon lui.
Lynch est particulièrement connu pour l'ambiance sonore de ses films, en particulier pour ses collaborations avec son compositeur fétiche Angelo Badalamenti (Blue Velvet, Twin Peaks, Mulholland Drive). On le connait aussi musicien depuis sa participation, en 2010, à l'album Dark Night of the Soul, de Danger Mouse & Sparklehorse. Depuis la sortie de deux singles en janvier dernier, des rumeurs couraient quant à la possibilité d'un album.
14 titres, mais toujours pas de nom pour l'album
Les jeux sont faits. Comme le réalisateur le confie au site Stereogum, après de longs échanges sur les événements météorologiques américains, l'album, qui n'a pour le moment pas de nom, sortirait à l'automne prochain. Dans son propre studio, sa "chambre des rêves", l'homme a d'abord longtemps expérimenté. "J'ai commencé à jouer de la guitare, ça a débuté comme un effet sonore et ça s'est transformé en musique".
Résultat: deux morceaux, sortis dans les bacs sous la forme d'un single en janvier 2011, Good Day Today et I know, tous deux très bien accueillis par la critique. Si I Know sonne plutôt "blues moderne", Good Day Today s'avère électro à souhait.
L'évidence s'est alors imposée aux yeux de Lynch et Dean, son collaborateur: "Ok, maintenant c'est réellement le moment et on va faire un album. On a 14 titres et ils sont tous (...) prêts".
Au commencement, il y a le boeuf
David Lynch est formel. Le processus de composition musicale est très différent de celui de réalisation d'un film. "Tout commence par une idée mais dans la musique c'est différent", précise-t-il. "Généralement ça commence par un 'boeuf' entre moi à la guitare et Dean à la batterie, -qui joue aussi de la basse et du clavier. (...) D'un 'boeuf', sort toujours quelque chose. Soit quelque chose qui devient un morceau, soit quelque chose qui conduit à composer un morceau." Contrairement à la réalisation d'un film, la création musicale "se passe en temps réel, elle te parle et tu réagis en fonction de ce qu'il se passe et c'est quelque chose de magique", s'emporte l'artiste. "Tout d'un coup, une idée peut surgir, quelque chose auquel on aurait jamais pensé avant."
Si dans la préparation d'un film, qu'il décrit comme un "long processus", l'homme a besoin de se donner à son projet à 100%, il estime que dans la musique tout comme dans la peinture, il est possible d'être impliqué dans plusieurs choses à la fois sans pour autant trahir sa création.
"Je ne suis ni musicien ni chanteur"
Il l'avoue, c'est lui qui fait les voix sur les morceaux de l'album. S'il chante, loin de lui l'idée de se produire sur scène. "Comme tout le monde le sait, j'ai une très bonne imagination, mais je ne peux imaginer cela", ironise-t-il. "Il faut être sacrément drogué pour être capable de se produire devant tout un tas de gens". Dans l'interview, Lynch s'étonne lui-même de sa condition artistique actuelle: "C'est très étrange pour moi, je ne suis ni musicien ni chanteur, et pourtant je fais de la musique et je chante".
Depuis ses débuts, Lynch tend nerveusement à toucher à quelque chose d'encore plus conceptuel que le cinéma. "J'aime les histoires" conclut-il. En particulier quand elles s'inscrivent dans le contexte abstrait qu'est la musique, explique-t-il. On peut donc s'attendre à un album profondément conceptuel, dense et surprenant. Du Lynch tout craché.
