Bowie
Sur la photo de promotion de son premier groupe, les Kon-rads, le jeune David Jones aborde la tenue du "mod" à la mode, cravate et costume de velours, et garde une coiffure années 1950. Visiblement, à 16 ans, il se cherche encore. Il vient de quitter le domicile familial et participe à la douce euphorie londonienne, passant une grande partie de son temps à Soho, le quartier des théâtres, des boîtes de nuit et de la bohème.
Le jeune Jones tente de percer le petit milieu musical, aussi fermé que l'industrie du divertissement, régie par quelques managers, publicitaires, programmateurs, tourneurs et attachés de presse interconnectés. Ses efforts sont bientôt récompensés : en juin 1964, son groupe les King Bees parvient à sortir chez une filiale de Decca son premier disque, Liza Jane, sous le nom de Davie Jones with the King Bees. Mais sans aucun écho.
L'explosion
Tout change avec Ziggy Stardust et Aladdin Sane, car les ingrédients du succès sont enfin réunis : un scandale autour de sa bisexualité et une tournée fracassante, le Ziggy Stardust Tour, avec son groupe, rebaptisé les Spiders from Mars.
Dans des décors réalisés par George Underwood, au rythme des choré graphies de Lindsay Kemp et dans des costumes extravagants de Natasha Korniloff et Freddie Burretti, inspirés par Orange mécanique, de Kubrick, Bowie, les cheveux rouge vif, interprète une superstar du rock venue d'une autre planète, ayant échoué sur la Terre cinq ans avant la fin du monde. Jusqu'au 3 juillet 1973, date du "suicide" de Ziggy, le public subit une avalanche de satin, de soie, de couleurs flashy, de maquillages outranciers, de chaussures à semelle compensée et de poses équivoques.
L'âge d'or
Bowie et ses masques : après les outrances de Ziggy Stardust, le voici en prince des élégances pop modernes dans un autoportrait de 1978 revisitant la photo de couverture de l'album Heroes, qui reste son chef-d'oeuvre. Photo reprise trente-cinq ans plus tard pour The Next Day, dernier disque de la star à ce jour, qui prend acte du passage du temps, fait presque unique dans le milieu du rock, où le vieillissement est un sujet tabou et où la nostalgie est interdite. La boucle est bouclée.
Consacrée à l'héritage "esthétique et social" de l'artiste, l'exposition David Bowie Is illustre ces changements de genre et de personnages, qui finissent par former une identité à part entière, évolutive, ouverte à toutes les créations, et fondée sur la performance.
