Lundi 25 février, une quinzaine de journalistes attablée dans une pièce en sous-sol au siège de Sony, à Paris, a eu droit à une écoute en avant première du nouvel album de David Bowie, dont la sortie est prévue le 11 mars. Ces auditeurs privilégiés ont aussi un devoir: ne rien publier avant le 27 février. Alors, nous y voilà, mercredi 27 février, deux jours après la pré-écoute de The Next Day. Qu'en a-t-on retenu?
1. Un secret bien gardé. Bowie a repris le chemin des studios il y a deux ans, en compagnie du producteur Tony Visconti, présent sur la moitié des disques du Britannique. Aucune info n'avait filtré sur l'existence même de ces sessions jusqu'au 8 janvier dernier, jour de son 66e anniversaire. On salue au passage cette performance à l'heure où le moindre embryon d'info fuite sur Twitter. The Next Day est son 30e album. Il met fin à dix ans de silence (Reality, 2003) et comporte 17 chansons dont trois présentées comme des bonus.
2. Un album très rock. Le morceau éponyme qui ouvre The Next Day donne le ton. "Here I am/not quite dying" (Me voilà, pas vraiment mourant), clame avec puissance Bowie. Les guitares hurlent, les rythmes sont enlevés, la batterie avance façon char d'assaut. La ballade mélancolique Where are we now ?, premier titre dévoilé le 8 janvier en guise de come back, ne reflète absolument pas l'ambiance musicale du disque, bouillon rock, glam et psychédélique. La première moitié est plus saignante que la seconde. A partir de If you can see me, le registre est plus expérimental, grandiloquent et bizarroïde. Tous les fans de Bowie devraient s'y retrouver.
3. Un disque nostalgique. Si Where are We now ? n'est pas représentatif musicalement de The Next Day, cette évocation du Berlin des années 1970 permet de se faire une idée de l'esprit du disque et de son géniteur. Le chanteur verse dans ce que l'on appelle la rétromania. Pour faire simple, il fait du neuf avec du vieux. Par un jeu d'autocitation, à l'image de la pochette de The Next Day qui reprend celle de Heroes, David Bowie recycle sa propre histoire. Tel un fantôme il revient hanté des pans entiers de sa discographie (The Man who sold the world, Scary Monsters, le tube Let's Dance, Never Let Me Down). Puisque le mythe Bowie est revisité à toutes les sauces par d'autres artistes pourquoi n'aurait-il pas le droit lui aussi de puiser dans cette matière première?
4. Des textes aux multiples interprétations. Avant le 8 janvier, on pensait l'auteur de China Girl retiré à jamais du circuit, voire gravement malade. Par conséquent, chacune des paroles de The Next Day va faire dans les prochains jours l'objet d'une analyse attentive. Dans The Stars (are out tonight), il chante: "Les étoiles ne dorment jamais/ les mortes comme les vivantes". Sur I'd rather be high, il lâche "Je préférerai être mort ou hors de ma tête". Le star-système, la mort, la guerre... "David lit énormément et sa fascination pour certains sujets se retrouve dans des chansons. Mais tout ce qu'il écrit est une métaphore", a expliqué Tony Visconti au magazine anglais NME. Il faudra se contenter de ça. Bowie refuse de s'exprimer.
5. On aimerait voir ces morceaux en live. Une seule écoute suffit pour susciter l'envie de (re)voir David Bowie sur scène. Aucune date n'est prévue. Mais désormais, on le sait. Avec lui, il faut s'attendre à tout, même à l'impossible.
