"C'était comme un coup de foudre". Cathy file la métaphore de l'amour lorsqu'il s'agit d'évoquer ce jour de juin 2014. Comme à son habitude, cette habitante de Buffalo, ville située à l'ouest des Etats-Unis, est branchée sur l'une des principales radios nationales pour écouter les dernières nouvelles. Mais ce jour-là, ce n'est pas un quelconque fait-divers qui retient son attention, mais une voix qu'elle n'a jamais entendue auparavant: celle de Stromae.

"C'était lors d'une interview, le personnage m'a tout de suite intriguée", se souvient-elle. La présence et le tempérament du chanteur belge séduisent cette employée d'une maison d'édition âgée de 47 ans. Elle fonce sur YouTube découvrir les chansons du jeune maestro. "J'ai vu le clip de Papaoutai, c'était absolument incroyable. Je me suis dit 'Mon dieu, cet homme ne chante pas, il crée!'."

30 concerts, 25 villes, trois pays

Sous le charme, Cathy découvre au détour de ses recherches que Stromae débute prochainement une tournée en Amérique du Nord. Elle qui rêve depuis toujours de traverser les Etats-Unis, de la côte ouest à la côte est, prend une décision radicale qui va bouleverser son quotidien. Elle décide de suivre son idole à raison de neuf semaines pendant un an. Miami, Atlanta, Washington, Los Angeles, Chicago... "J'ai conscience que tout cela est absolument fou", confesse-t-elle dans un fou rire. "Mais c'était le moment ou jamais de réaliser mon rêve." Son compteur affiche 30 concerts, 25 villes différentes dans trois pays dont la France, sans jamais se lasser: "Il y a tellement à découvrir chez lui, il a une telle imagination... Il se réinvente à chaque concert!", garantit la groupie.

Stromae

Stromae se produisait à Detroit, dans le Michigan, le 25 septembre dernier.

© / Cathy

Cette parenthèse enchantée et musicale prend fin ce jeudi soir. La quadragénaire assistera au dernier concert américain de Stromae à la mythique salle de Manhattan, le Madison Square Garden. "Je ne suis pas triste, c'est une belle conclusion, je préfère le vivre comme une sorte de grande fête."

"J'ai dû dépenser plusieurs milliers de dollars"

Pour se consacrer autant à sa passion, Cathy a posé des jours de vacances en fonction des dates de concerts. Elle a également profité d'une période de congés maladie obtenue après un problème au genou, qui lui a d'ailleurs valu une intervention durant la tournée, l'obligeant à manquer le concert de Boston. "Au total, j'en ai raté trois. Les deux autres, c'était soit à cause du décalage horaire, soit parce que Stromae se produisait lors d'un festival trop coûteux."

"La place de concert, la nourriture, l'hôtel, l'avion ou l'essence quand je prends mon véhicule me reviennent très cher", avoue-t-elle. Au pays où l'argent n'est pas tabou, Cathy tient néanmoins à garder le montant de l'addition secret. "J'ai dû dépenser plusieurs milliers de dollars au total", finit-elle par concéder, un brin gênée. Même si elle tisse des liens avec d'autres fans rencontrés sur sa route, Cathy préfère voyager en solitaire. "J'aime partir seule à l'aventure, cela permet de me vider la tête." Seule entorse à la règle en début de semaine: la quadra a convié sa mère de 73 ans au concert de Montréal.

Cathy, fan américaine de Stromae

Cathy et sa mère, Dorothy, au concert de Stromae à Montréal en début de semaine

© / Cathy

"Quand j'écoute sa musique, je n'ai pas besoin de comprendre"

La passion de Cathy pour Stromae est d'autant plus inattendue qu'elle ne comprend pas un mot de français. Mais la musicalité et le timbre de voix de l'artiste lui suffisent. "Quand j'écoute sa musique, je n'ai pas besoin de comprendre. Je sens quelque chose, une émotion, un sentiment et cela suffit à me transporter", s'émerveille-t-elle. Cathy qui s'entretient régulièrement sur Facebook avec des fans français, leur demande parfois des détails sur les textes du jeune prodige. Effectivement, le jeu de mots "papaoutai" n'est pas des plus accessibles pour un Américain.

Mais la barrière de la langue n'a pas empêché cette passionnée de pouvoir discuter avec son idole après certains concerts. L'occasion pour elle de découvrir une facette plus réservée de l'artiste qu'elle affectionne tout particulièrement. "Sur scène, il a une immense présence, en dehors, il est tout discret. Cela m'a surpris la première fois."

Stromae et Cathy

Cathy (à gauche) et deux autres fans en compagnie de Stromae. Flou, mais Stromae quand même!

© / Cathy

La fan américaine a la certitude que Stromae est bien parti pour "devenir une star" dans son pays. Pendant ce temps-là, l'artiste joue, dans des vidéos promotionnelles, à se mettre en scène comme un inconnu aux Etats-Unis.

"Ici, les gens ne connaissent pas forcément le personnage, mais ses chansons commencent à devenir familières et sont de plus en plus appréciées", assure Cathy. Pourtant, la page "USA Fans" du chanteur belge ne compte que 2800 abonnés. Mais l'Américaine a réponse à tout: "Les fans sont dispersés sur plusieurs pages". Possible. Ou alors l'amour rend -un peu- aveugle.