Qui a dit que la jeune génération voulait faire table rase du passé ? Qu'elle ne se sentait pas enracinée dans une histoire et n'était pas imprégnée de culture française ? Le collectif Bon entendeur vient démentir les éternelles litanies des néoréactionnaires. Formé en 2012 autour du trio Arnaud Bonet, Pierre Della Monica et Nicolas Boisseleau, il exhume des étagères de notre répertoire francophone des pépites sonores des années 1960 et 1970. Et leur redonne un sacré coup de peinture ensoleillée. Aller-retour, leur premier album, porte assurément bien son nom.
Parés de boucles électros et de subtils arrangements, L'amour joue au violon de Jeannette, Le temps est bon d'Isabelle Pierre, L'amour, l'amour, l'amour de Marcel Mouloudji, pour ne citer que les principales chansons, renouent avec leur légèreté amoureuse ou leur intensité d'antan. Coup de tête de Pierre Bachelet, tirée de la bande originale du film de Jean-Jacques Annaud, à qui Bon entendeur fait baisser le tempo, fait ressurgir de nos mémoires l'acteur écorché Patrick Dewaere.
Mais Bon entendeur ne se contente pas de jouer les passeurs entre deux époques. Les trois compères interrogent le nouveau monde à l'aune de l'ancien, à travers un nouveau genre : des interviews dansantes. Sur des rythmes électros chaloupés, Frédéric Beigbeder raconte sa "génération passée de l'inconséquence à la paranoïa", Pierre Niney regrette ses "sensations de séduction d'adolescent". Seul Patrick Poivre d'Arvor essaie d'être optimiste : "Je pense qu'il y a un génie français, pour l'instant il est un peu assoupi, bien caché, mais il existe", glisse-t-il. Bon entendeur semble avoir écouté le message en montrant que si le temps passe, les émotions restent.
Note de l'Express : 16/20
Aller-retour, Columbia, en concert le 19 septembre à Strasbourg, le 7 novembre à l'Olympia, à Paris (IIe).

Aller-retour : douze titres dont trois "interviews dansantes".
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