Le jour de ses 69 ans, le 8 janvier dernier, David Bowie a fait son retour dans le monde de la musique avec un nouvel album. Enfin, presque. Comme à son habitude ces dernières années, il a décidé de ne pas prendre pas la parole. L'icône s'était déjà fait discrète lors de son précédent come back, en 2013, et la sortie d'un album, The Next Day, plus rock que le nouveau. C'est sa méthode: la musique lui tient lieu de déclaration médiatique et il laisse à son entourage le soin d'orchestrer sa promo. Les titres de son dernier album, Blackstar font l'unanimité. Une réussite de plus pour cet artiste polymorphe qui ne cesse de renaître de ses cendres.

Le chanteur emblématique est décédé dimanche, seulement deux jours après lancement de son nouvel opus, ce lundi des suites d'un cancer. A l'exception de quelques apparitions fugaces et surprises, Bowie n'a donné ni concert, ni interview depuis 2006. Certaines rumeurs circulaient depuis sur son état de santé.

La presse enthousiaste

Les chansons ont été composées et enregistrées dans le plus grand secret, même si son auteur avait semé quelques indices. Il y a deux mois, l'un de ses titres servait ainsi de générique à Panthers, une coproduction internationale diffusée sur Canal+.

Les 40 minutes de Blackstars font l'unanimité, chez les fans comme chez les critiques, qui célèbrent un album plus jazz, plus expérimental que ses prédécesseurs. A quelques jours de la sortie mondiale de Star Wars, l'Etoile noire du titre est une allusion à l'arme secrète de l'Empire créé par George Lucas.

Pour dire son enthousiasme, le New York Times s'est livré à une envolée lyrique étonnante, à la limite de l'intelligible. Un texte énigmatique qui a tellement plu à David Bowie qu'il en a partagé des extraits sur les réseaux sociaux. Exemple: "Des éclairs glaciaux de shoots d'ecstasy transpercent tels une supernova la boue glamour de Lazarus, cette formidable et ahurissante pièce musicale construite autour des chansons par David Bowie", se pâme Ben Brantley, le patron du service Culture du quotidien américain.

Blackstar

La chanson titre, qui ne dure pas moins de 10 minutes, fait couler beaucoup d'encre. En novembre dernier, l'un des musiciens, le saxophoniste Donny McCaslin, révélait au magazine Rolling Stoneque Bowie lui aurait confié y évoquer le groupe Etat islamique. L'information a été très commentée... et démentie récemment par son manager.

Les paroles de Blackstar sont mystérieuses. On peut y lire des allusions à l'obscurantisme religieux, à l'embrigadement sectaire... ou pas. "Je ne peux pas dire pourquoi. Je suis une étoile noire. Viens juste avec moi. Je ne suis pas une star de film. Je vous ramène à la maison. Je suis une étoile noire. Prends ton passeport et tes chaussures. Je ne suis pas une pop star. Prends tes sédatifs. Je suis une étoile noire. Vous êtes un éclair dans la poêle. Je ne suis pas une star merveilleuse. Je suis grand. Je suis. Je suis une étoile noire", chante Bowie. Pour les fans, dont Le Figaro, c'est l'un de ses meilleurs titres depuis vingt ans.

Un mystère savamment orchestré

David Bowie a toujours su se faire désirer. Avec l'âge, c'est pire. Il distille désormais les informations au compte-gouttes, refuse toute interview, alimente le mystère et suscite habilement la curiosité. Comme le rappelle Rolling Stones, il n'a pas "chanté une note en public" depuis son interprétation de Changes, avec Alicia Keys, pendant un concert de charité à New York, en 2006. Pour se consoler, les frustrés du spectacle vivant pourront écouter Michael C. Hall, inoubliable interprète du psychopathe Dexter, dans une interprétation étonnante de Lazarus, l'un des titres de Blackstar, sur le plateau de The Late Show, l'émission créée par David Letterman sur CBS. Ou pas.