Nom : Sixto Diaz Rodriguez.
Le poing levé, Sixto -prononcez " sisto " - Rodriguez n'a rien renié de ses idéaux de jeunesse. Si le corps accuse le poids d'années agitées - 67 ans et un début de cécité - l'esprit, lui, semble figé en 1969. Il y a quarante ans, le guitariste américain d'origine mexicaine enregistrait à Détroit son premier album. Conjuguant Bob Dylan et psychédélisme, Rodriguez chante sans détour la glauquitude de Motor City. " Détroit est la ville des Etats-Unis qui n'a vue sur rien. Je l'appelle la "ville des victimes". Tous les gens que je connais y ont été volés, arnaqués, agressés. De leurs histoires, j'ai fait des chansons."
Malgré des pépites, Cold Fact est un échec. La suite, Coming from Reality, connaît le même destin en 1971. Pour nourrir sa famille, Sixto bosse sur des chantiers de démolition, reprend des études de philosophie, se présente même aux élections locales, où il échoue encore. Le nom de Rodriguez aurait pu tomber dans les oubliettes, mais ce loser magnifique va faire plus fort que Jésus et Lazare réunis !
L'Américain ressuscite une première fois en 1979, en Australie, où un promoteur a redécouvert son disque après un improbable passage à la radio. L'auteur de Sugar Man y réalise deux tournées avant de renouer avec l'anonymat. Vingt ans plus tard, sa carrière est relancée par un fan sud-africain. Sans le savoir, Rodriguez est l'objet d'un culte au pays de Mandela : pendant l'apartheid, des copies de Cold Fact, prisé pour ses paroles subversives, se sont échangées sous le manteau. En 1998, l'Américain décolle pour Le Cap, où l'attendent des milliers de spectateurs.
Dernière résurrection en date : la réédition en 2008 et 2009 de ses deux albums. Les Etats-Unis et l'Europe découvrent enfin le génial songwriter... quarante ans après ses débuts. La musique est une école de patience.