"Je surfais sur Internet lorsque j'ai vu un encart publicitaire pour le casting de la Nouvelle Star. Depuis la première saison de l'émission, mes parents, ma soeur et mes amis n'arrêtaient pas de me dire de m'inscrire. Sur un coup de tête, j'ai fini par le faire.
Mes compositions, c'est dans la jungle du métro que je les chante. Je me suis dit que je pouvais bien affronter un jury, aussi médiatique soit-il! En quinze secondes, j'avais rempli le formulaire en ligne. M'ont alors été attribués un numéro -trois mille et des poussières, une date -fin février, et un lieu -le Palais des Congrès de Toulouse, la seule ville où il restait encore de la place.
Avec ma guitare, je suis parti à l'assaut de Toulouse. On m'avait donné rendez-vous à 14h. Je décide d'arriver un peu en avance, juste au cas où. Devant le Palais des Congrès, 2000 personnes patientent déjà depuis 8h du matin. La journée, rythmée par les averses, promet d'être longue: on nous fait attendre à l'extérieur. A travers les murs en verre du bâtiment, on aperçoit de grandes salles chauffées et moquettées qui nous narguent. Pendant cette attente (interminable), les assistants nous distribuent un contrat de confidentialité à parapher ainsi que le règlement de l'émission. Grosso modo, j'autorise M6 à utiliser tout enregistrement sonore ou vidéo de moi pour une période indéterminée. De peur que plusieurs candidates en jupes et collants fins succombent à une pneumonie, la production nous ouvre finalement les portes du Palais à 17h. Regroupés dans des pièces vides immenses, nous faisons la queue contre les murs pour "laisser la porte d'entrée dégagée". Le régisseur nous traite comme des gamins, nous hurle dessus et crie au désordre général alors que nous restons sagement adossés au mur.
"Chante avec ta vraie voix maintenant"
Dans la queue, je retrouve une vieille connaissance. Il m'apprend "la" rumeur: il y aurait des pré-sélections avant de passer devant "le" jury. A 20h30, c'est enfin mon tour. Je pénètre dans une pièce sombre aux dimensions toujours disproportionnées. Une petite table blanche trône au milieu. Deux femmes y sont installées avec une caméra. Il ne s'agit en aucun cas du jury de la Nouvelle Star. Je chante la première moitié de La Mauvaise réputation de Georges Brassens. "C'est vraiment bizarre ce que tu nous as fait. Ta voix était cassée alors que quand tu parles elle est grave. Chante-nous une autre chanson avec ta vraie voix maintenant", me dit la directrice de casting, la quarantaine, épuisée par une journée d'auditions. Perplexe j'enchaîne avec un couplet et le refrain de Jah work de Ben Harper. Soupirs du jury. "Je ne comprends toujours pas mais je vais les laisser décider." Eux, c'est le jury de Nouvelle Star, Lio, Philippe Manoeuvre, André Manoukian et Marco Prince.
Sur les 2500 personnes présentes au casting ce jour-là, 30 ont été retenues après l'étape des pré-sélections, m'apprend une journaliste. Elle me cuisine deux heures durant sur ma vie, ma famille, mon enfance, mon chien... Les questions, très personnelles, me mettent mal à l'aise. Elles sont stupides et mes réponses le sont tout autant. "Pourquoi tu veux faire la Nouvelle Star?" "Parce que je rends les gens heureux." A chaque mot que je prononce j'imagine ce que ça donnerait à la télévision!
"Il y en a qui cherchent le bâton pour se faire battre"
Le lendemain, mes 29 acolytes et moi-même avons rendez-vous à 8h au Palais des Congrès pour passer devant le "vrai" jury. L'accueil est davantage chaleureux. Mais je suis étonné de constater que parmi les 30 candidats, des personnes ne sachant objectivement pas chanter ont été retenues. Notamment un jeune homme au costume trop court, qui n'avait rien à faire là. Lors d'une pause cigarette, une des régisseuses lâche à son sujet: "Il y en a qui cherchent le bâton pour se faire battre." Visiblement, je ne suis pas le seul à douter de ses capacités vocales. Ingénu je poursuis: "Pourquoi, il est mauvais?" "Bien sûr qu'il est nul", me répond-elle. "Alors pourquoi le garder?" Silence. Sourire gêné. Regard complice. C'est donc ça, le show. Des "casseroles" sont volontairement sélectionnées pour le plaisir des téléspectateurs.
Après avoir chauffé la salle d'attente en chantant Don't worry be happy à la cool, je suis convoqué pour mon casting. Je me tiens debout, dans le long couloir noir éclairé aux néons rose et bleu menant à la salle du jury. Le caméraman se met en place, me donne les instructions. "Marche pas trop vite, avance doucement, regarde à moitié la caméra." Je m'exécute. Le jury est installé sur une estrade. Même assis, ils sont toujours plus haut que moi qui suis debout! C'est carrément effrayant. Pour le casting, je suis pieds nus. "Tu feras gaffe, t'as oublié tes chaussures", plaisante Marco Prince, mon idole de jeunesse.
Je réinterprète les mêmes chansons que la veille, Brassens et Harper. Lio n'est pas convaincue par ma prestation. J'ai l'impression que ses yeux vont sortir de leurs orbites. Manoukian ne pose pas son regard sur moi, il griffonne sur du papier. Je suis mal, ils ne sont pas attentifs, je perds mes moyens. Le verdict du chanteur de FFF est clément: "Trop de style ne tue pas le style apparemment. Je veux en voir plus. Je vote oui." Comme prévu, Lio est cinglante. "Il n'y a pas d'émotion, ce n'est pas intéressant, ça ne groove pas, je dis non." Manoukian est tout aussi sceptique. Philippe Manoeuvre, qui peut encore faire la différence, se laisse convaincre. Une deuxième chance m'est offerte. Je décide d'interpréter Don't worry be happy qui a bien marché devant les régisseurs et journalistes, un peu plus tôt dans la salle d'attente. Mais à la première note de guitare, les critiques repartent de plus belle. Je perds patience, j'ai envie de leur dire "allez vous faire foutre". Le mot de la fin revient à Philippe Manoeuvre. "La prochaine fois, tu n'oublieras pas tes chaussures. C'est non."
Après l'humiliation il faut à nouveau se prêter au cirque des caméras. "Alors comment ça s'est passé? Que t'a dit le jury? Tu reviendras l'année prochaine?", me questionne Virginie Guillaume, la présentatrice. Comme je suis déjà passé pour un con devant le jury, je sauve les meubles et reste poli. Non, il n'y aura pas de prochaine fois."