Une comète nommée Diana (4/4)

A la veille du dixième anniversaire de l'accident, l'enquête britannique sur les accusations d'Al-Fayed, l'Opération Paget, menée avec rigueur par l'ancien chef de la Metropolitan Police, lord Stevens, réfuta toutes ses allégations principales. Il en fut de même pour l'enquête française. Tout comme les enquêtes indépendantes, notamment celle de Martyn Gregory dans Diana: The Last Days. Dans une suite d'événements d'une telle complexité, si dramatiques, et qui se sont déroulés si rapidement, existent forcément une certaine confusion et des incohérences. Mais les preuves sont écrasantes: il s'agit d'un accident de la circulation, point à la ligne. Les analyses ADN commandées par l'Opération Paget démontrent que seul le sang d'Henri Paul contenait de l'alcool. Aucun flash dans le tunnel ne l'a fait foncer dans le pilier; la reconstitution méticuleuse de Paget, au moyen de lasers 3 D et de modèles informatiques, démontre qu'il avait perdu le contrôle du véhicule avant d'entrer dans le tunnel. L'histoire du flash avant le crash a été inventée de toutes pièces par un prétendu témoin. La question la plus pertinente d'Al-Fayed portait sur la mystérieuse Fiat Uno aperçue dans le tunnel, avec un chien muselé sur la banquette, source de toute une série de théories de conspiration. La Fiat, entrant par la bretelle d'accès, se trouvait à la droite d'Henri Paul lorsqu'il avait foncé dans le tunnel à une vitesse de plus de 120 kilomètres-heure. Paul avait déjà entamé sa trajectoire fatale après avoir franchi une petite déclivité et un virage qui se trouvent à cet endroit de la chaussée. Il fit une embardée à gauche pour éviter la Fiat, frôla son feu arrière gauche, érafla la troisième colonne, fit une embardée à droite puis vint s'écraser contre le treizième pilier. La Fiat avait disparu. La police française finit par interroger un plombier et gardien de nuit vietnamien, qu'elle soupçonnait être le propriétaire de la Fiat. Il fallut attendre l'enquête de Paget pour conclure, neuf ans plus tard, que les Français avaient en effet trouvé leur homme, mais qu'il n'était pas un conspirateur. Si l'homme avait nié, s'il avait rapidement repeint sa voiture en rouge, ce n'était pas pour des raisons sinistres. C'était simplement parce qu'il redoutait des démêlés avec la justice, la loi française punissant tout conducteur qui ne s'arrête pas sur les lieux d'un accident. La Fiat avait posé problème à Henri Paul, mais seulement parce qu'il roulait trop vite.

La plus tenace des assertions de Mohamed al-Fayed portait sur la grossesse de Diana. L'expertise médicale de Paget est concluante: elle n'était pas enceinte. La photo qui, selon Al-Fayed, dévoilait un ventre arrondi avait été prise avant sa rencontre avec Dodi. Qui plus est, d'après Thierry Meresse, porte-parole de l'hôpital, l'infirmière française qui aurait confié à Al-Fayed les dernières paroles de Diana n'existe tout simplement pas. Par conséquent, son message posthume non plus, sauf dans l'esprit d'Al-Fayed: «Je voudrais que toutes mes affaires dans l'appartement de Dodi soient remises à ma soeur Sarah, y compris mes bijoux et mes vêtements personnels, et, s'il vous plaît, dites-lui de s'occuper de mes fils.» Pour faire bonne mesure, Al-Fayed avait ajouté: «Pour moi, recevoir le message d'une mère à ses enfants par une infirmière était très important, parce que Diana a survécu deux heures dans le bloc opératoire. Elle se sentait partir... J'ai été la première personne sur place.»

Quant aux obscures puissances orchestrant le crash de la Mercedes, leur conspiration aurait surpassé les capacités de tous les services secrets et de tous les conspirateurs royaux de la planète. Il aurait fallu savoir d'avance que Dodi prendrait les décisions de dernière minute qu'il a prises; qu'Henri Paul serait au volant; qu'il aurait mélangé l'alcool et les médicaments; qu'il n'emprunterait pas l'itinéraire le plus évident pour se rendre à l'appartement de Dodi; que le groupe des paparazzis et la voiture ou les motos censées être intervenues se soient tous concertés dans leurs mouvements en une fraction de seconde; que Dodi et Diana n'attacheraient pas leur ceinture, et ainsi de suite, avec des variables à l'infini.

© Editions Jean-Claude Lattès 2007. Tous droits réservés. www.editions-jclattes.fr

La suite chaque semaine dans L'Express, jusqu'au 23 août.